Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/309

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



« Un vœu me lie, reprit le ménestrel, et je ne puis pratiquer la gaie science maintenant.

— Ou vous êtes trop fier pour chanter pour des paysans anglais, dit le plus gai, car votre langue a l’accent normand.

— Gardez toujours l’argent, dit le plus jeune, le pèlerin aura ce que le ménestrel ne veut pas gagner.

— Je vous prie de reprendre votre don, mon ami, dit Vidal, je n’en ai pas besoin… mais ayez la bonté de me dire, à la place, ce qu’on doit faire ici.

— Quoi ! ne savez-vous pas que nous avons retrouvé notre connétable de Lacy, et qu’il doit investir solennellement les tisserands flamands de tout ce que Henri d’Anjou leur a donné ?… Si Édouard le Confesseur vivait encore, ces coquins de Flamands n’auraient pour tout don que le gibet. Mais venez, voisin, ou nous ne pourrons jouir du coup d’œil. »

En disant ces mots, ils descendirent précipitamment la colline.

Vidal regarda la porte du château ; le mouvement éloigné des bannières, et l’essaim de cavaliers qu’il vit imparfaitement à une telle distance, lui apprirent que quelque personnage important allait sortir à la tête d’une troupe considérable. Le son faible mais distinct des trompettes éloignées le confirmait dans cette opinion. Bientôt il aperçut, par les nuages de poussière qui s’élevèrent entre le pont et le château, et par le son plus rapproché des clairons, que la troupe s’avançait vers lui.

Vidal semblait irrésolu s’il resterait à cette place, d’où il avait une vue complète, mais éloignée, de toute la scène, ou si, pour la voir de plus près, quoique moins en détail, il se mêlerait à la foule qui entourait maintenant le pont jusqu’à l’avenue qui était tenue ouverte par les Flamands armés et rangés en bon ordre.

Un moine passa rapidement près de Vidal, qui lui demanda, comme au paysan, la cause de ce rassemblement : le prêtre marmotta de dessous son capuchon, que le connétable de Lacy, pour premier acte d’autorité, devait présentement remettre aux Flamands la charte royale de leurs privilèges.

« Il s’empresse d’exercer son autorité, à ce qu’il me paraît, dit le ménestrel.

— Celui qui vient d’obtenir une épée est impatient de la sortir du fourreau. » reprit le moine, et il ajouta encore quelques phrases que le ménestrel n’entendit qu’imparfaitement, car le père