Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/308

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sa vue. Une procession paraissait s’y former : elle avança bientôt au son des pipeaux, du tambourin, et de divers autres instruments, et bientôt elle s’approcha, en bon ordre, du lien où Vidal était assis.

La cérémonie paraissait d’une nature pacifique ; car les vieillards du petit établissement, vêtus de leurs simples robes rousses, marchaient trois de front, après les musiciens ; ils étaient appuyés sur leurs bâtons, et réglaient le mouvement de toute la procession par leurs pas réguliers. Après ces pères de l’établissement venait Wilkin Flammock, monté sur son énorme cheval de guerre, et armé complètement, à l’exception de sa tête qui était nue, comme un vassal prêt à rendre hommage militaire à son maître. Après lui marchait, en rang de bataille, l’élite de la petite colonie, consistant en trente hommes bien armés et bien équipés, dont les membres vigoureux et l’armure brillante montraient l’ordre et la discipline ; cependant ils n’avaient pas le coup-d’œil plein de feu du soldat français, ou le regard fier qui caractérise l’Anglais, ou l’impétuosité sauvage et la vivacité qui distingue les Gallois. Les mères et les jeunes filles de la colonie venaient ensuite, puis les enfants avec des visages aussi arrondis, des traits aussi sérieux, et une marche aussi graves que celle de leurs parents ; et enfin, comme arrière-garde, on voyait les jeunes gens depuis l’âge de quatorze à vingt ans, armés de lances légères, d’arcs et autres armes convenables à leur âge.

Cette procession tourna autour du petit monticule sur lequel était assis le ménestrel, traversa le pont du même pas lent et régulier, forma une double ligne, ayant le visage tourné les uns vers les autres, comme pour recevoir quelque personne de distinction, ou pour être témoin de quelque cérémonie ; Flammock resta à l’extrémité de l’avenue que formaient ses compatriotes, et s’occupa tranquillement, mais attentivement, à faire tous les préparatifs nécessaires.

Pendant ce temps, des badauds des pays voisins, conduits probablement par la simple curiosité, commencèrent à se grouper, et faisaient un rassemblement près de la tête du pont qui se trouvait vis-à-vis le château. Deux paysans anglais passèrent près de la pierre où était assis Vidal… « Veux-tu nous chanter une chanson, ménestrel ? dit l’un deux, et voilà une pièce de six sous pour toi, » ajouta-t-il en jetant dans son chapeau une petite pièce d’argent.