Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/305

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— En ce cas votre maître vous salue, dit l’envoyé, et il m’a chargé de vous montrer ceci afin que vous sachiez que je viens réellement de sa part. »

Il montra un rosaire que Philippe reconnut aussitôt pour celui du connétable.

« Je reconnais ce gage, dit-il ; annonce-moi la volonté de mon maître.

— Il me charge de te dire, reprit le cavalier, que sa visite a réussi aussi bien que possible, et que ce soir même, au coucher du soleil, il possédera ce qui lui appartient. Il désire donc que tu montes sur ce palefroi, et que tu viennes avec moi à Garde-Douloureuse, où ta présence sera nécessaire.

— C’est bien, je vais lui obéir, » dit l’écuyer, très-satisfait de cette nouvelle, et non moins content de quitter son compagnon de voyage.

« Et quelle commission avez-vous pour moi ? » dit le ménestrel s’adressant au messager.

« Si vous êtes, comme je le pense, le ménestrel Renault Vidal, vous devez attendre votre maître au pont du combat, comme il vous l’a déjà recommandé.

— J’y serai comme mon devoir me l’ordonne, » répondit Vidal ; et à peine eut-il achevé, que les deux cavaliers lui tournèrent le dos, partirent au grand galop, et furent bientôt hors de vue.

Il était en ce moment quatre heures du soir, et le soleil baissait ; cependant trois heures devaient encore s’écouler avant celle du rendez-vous, et le lieu n’était éloigné que d’environ quatre milles. Aussi, Vidal, soit pour se reposer, soit pour réfléchir, quitta le sentier et entra dans un petit taillis à gauche, d’où coulaient les eaux d’un ruisseau, alimenté par une petite fontaine qui bouillonnait parmi les arbres. Là, le voyageur s’assit, et d’un air qui dénotait qu’il ne pensait guère à ce qu’il faisait, il regarda fixement la petite fontaine pendant plus d’une demi-heure, sans changer de position, de sorte qu’il aurait pu, dans les temps du paganisme, représenter la statue d’un dieu des ondes penché sur son urne, et uniquement occupé à regarder l’eau qu’elle versait.

Enfin il sortit de cette profonde rêverie, se releva et tira de sa valise de pèlerin quelque nourriture grossière, comme s’il se fût tout à coup rappelé que la vie ne se soutenait pas sans aliments. Mais il avait probablement quelque chose sur le cœur qui lui fer-