Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/302

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Femme, dit le connétable, songe à ce que tu dis. Si tu as mal agi dans cette affaire, comme je le suppose d’après ton histoire, ne crois pas pouvoir te justifier par une série de nouveaux mensonges faits par dépit de n’avoir pas été récompensée.

— Pèlerin, » dit le vieux Raoul avec sa voix cassée, « j’ai l’habitude de laisser raconter ma femme Gillian, qui l’emporte sur toutes les commères de la chrétienté ; mais tu parles comme un homme qui est intéressé dans toutes ces affaires, et alors je dois te dire franchement que cette femme a publié sa propre honte en avouant ses relations avec ce Randal de Lacy ; cependant ce qu’elle a dit est vrai comme l’Évangile, et fût-ce avec mon dernier mot, je dirai que Damien et lady Éveline sont innocents de toute trahison et de tout déshonneur, comme l’enfant nouveau-né. Mais à quoi sert ce que disent des gens comme nous, qui sommes réduits même à mendier pour nous soutenir, après avoir vécu dans une grande maison et au service d’un bon lord ? Que le ciel le bénisse !

— Mais, écoutez, continua le connétable, ne reste-t-il pas d’anciens serviteurs de la maison qui pourraient appuyer ce que vous venez de dire ?

— Diable ! reprit le chasseur, les hommes ne se soucient pas de babiller quand Randal de Lacy fait claquer son fouet au-dessus de leur tête. Plusieurs sont tués ou morts de faim ; on a disposé de quelques-uns, et les autres sont partis. Mais il y a encore le tisserand Flammock et sa fille Rose qui en savent autant que nous à ce sujet.

— Quoi ! Wilkin Flammock, le vigoureux Flamand ? dit le connétable, et sa fille Rose, si brusque, mais si franche ? Je garantirais sur ma vie leur fidélité. Où demeurent-ils ? quel a été leur sort dans tous ces changements ?

— Au nom de Dieu, qui êtes-vous donc, vous qui nous faites ces questions ? dit dame Gillian. Mon mari, nous avons été trop libres ; il y a quelque chose dans ce regard et dans cette voix que je devrais me rappeler.

— Oui, regardez-moi plus fixement, » dit le connétable en rejetant en arrière le capuchon qui avait jusqu’alors caché ses traits.

« À genoux, à genoux, Raoul ! » s’écria Gillian en s’y jetant en même temps, « c’est le connétable lui-même que j’ai appelé le vieil Hugo !