Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/293

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


être entendu de tous ceux qui étaient présents : « Nous avons découvert que quelque trouble intérieur ou quelque autre cause inconnue a fait retirer des gardes des murs du château, et qu’une attaque subite pourrait…

— Entends-tu cela, Jean ? s’écria Richard. Des échelles, mon ami, prends des échelles, et vite à l’attaque. Combien je me réjouirais de te voir sur le plus haut échelon, tes genoux chancelants, tes mains tremblant convulsivement, comme si tu avais un accès de fièvre, perdu dans l’air, le fossé en bas, et une demi-douzaine de piques dirigées contre ta gorge.

— Paix, Richard, par honte, si ce n’est point par charité, » dit son père d’un ton de colère mêlé de chagrin. « Et toi, Jean, prépare-toi pour l’assaut.

— Dès que j’aurai mis mon armure, mon père, » reprit le prince, se retirant lentement et le visage couvert d’une pâleur qui ne promettait pas beaucoup d’empressement dans ses préparatifs.

Son frère se mit à rire en le voyant sortir, et dit à son écuyer : « La plaisanterie ne serait pas mauvaise, Alberick, si nous emportions la place avant que Jean eût quitté son habit de soie pour en revêtir un d’acier. »

En disant ces mots, il sortit avec précipitation, et son père s’écria avec une douleur paternelle : « Hélas ! autant il est bouillant, autant son frère est froid ; mais ce trop d’ardeur est pardonnable dans un homme. Glocester, » dit-il au célèbre comte de ce nom, « prends des troupes suffisantes et suis le prince Richard, pour le défendre et le soutenir. Si quelqu’un peut le gouverner, ce ne doit être qu’un chevalier de ta réputation. Hélas ! hélas ! par quel péché ai-je mérité le chagrin de ces cruelles guerres de famille !

— Consolez-vous, milord, » dit le chancelier qui était présent.

« Ne parlez pas de consolation à un père dont les fils sont toujours en discorde, et qui ne s’entendent jamais que pour lui désobéir ! »

Ainsi parla Henri II, monarque le plus sage, ou pour parler en général, le plus heureux qui ait jamais monté sur le trône d’Angleterre ; cependant sa vie prouve d’une manière frappante combien les dissensions de famille peuvent ternir le sort le plus brillant auquel le ciel a permis à l’humanité d’aspirer, et combien peu l’ambition satisfaite, un pouvoir sans bornes, et la plus haute