Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/287

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dards tourmentèrent et blessèrent le noble animal avant que la lance du chevalier maure l’eût frappé mortellement.

— Homme ou esprit infernal, ou qui que tu sois, reprit Guarine ; toi qui peux voir avec plaisir et contempler avec satisfaction les douleurs de ton semblable, je te conseille de te méfier de moi ! Confie tes froides injures à quelque autre oreille ; car, si ma langue est émoussée, je porte une épée qui ne l’est pas.

« Tu m’as vu au milieu des épées, reprit le ménestrel, et tu sais, Guarine, combien peu elles ont effrayé un homme tel que moi. » Cependant, tout en parlant, il s’éloigna de l’écuyer. Il ne s’était adressé à lui que dans cette plénitude du cœur, qui se serait épanchée dans le soliloque, s’il eût été seul, et qui maintenant se répandait sur le plus proche auditeur, sans penser aux sentiments que sa phrase pouvait exciter.

Il ne se passa que peu de minutes avant que le connétable de Chester eût repris ce maintien calme qu’il avait jusqu’alors conservé dans tous ses malheurs. « Tu as raison, mon brave, dans ce que tu viens de me dire, et je te pardonne le brocard qui accompagnait ton sage conseil. Parle, au nom de Dieu ! et parle à un homme préparé à supporter le mal que Dieu lui a envoyé. Certes, un bon chevalier ne se distingue que dans les combats, et un bon chrétien que dans le malheur et l’adversité.

La voix du connétable, en prononçant ces mots, produisit une impression nouvelle sur ses serviteurs. Le ménestrel perdit tout à coup le ton cynique et audacieux avec lequel il avait jusqu’alors paru vouloir exciter les passions de son maître ; et, dans un langage simple et respectueux, et qui même approchait de la compassion, il lui apprit les mauvaises nouvelles qu’il avait sues pendant son absence. C’était réellement désastreux.

Le refus de lady Éveline Berenger de laisser entrer Monthermer et ses troupes dans le château, avait nécessairement accrédité et propagé les calomnies qu’on avait fait circuler contre elle et contre Damien de Lacy ; et il y en avait beaucoup qui, pour diverses causes, étaient intéressés à répandre et à appuyer ces faux bruits. Une force armée avait été envoyée dans le pays pour soumettre les paysans insurgés, et les chevaliers et les nobles envoyés dans cette intention ne manquèrent pas de venger complètement et au-delà, sur les malheureux plébéiens, le noble sang qu’ils avaient répandu pour leur triomphe temporaire.

Les serviteurs de l’infortuné Wenlock avaient la même per-