Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/286

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tiens à la torture. Dis le pire tout de suite, ou à l’heure même je t’envoie être ménestrel chez Satan. »

Avec calme et sang-froid le ménestrel reprit : « Lady Éveline et sire Damien ne sont ni fiancés ni mariés, milord, ils se sont aimés, et ont vécu ensemble comme amants.

— Chien et fils de chien, tu mens ! » et saisissant le ménestrel par la gorge, le baron exaspéré le secoua vivement. Mais, malgré toute sa force, il ne put ébranler Vidal, lutteur exercé, ni lui faire quitter la posture ferme qu’il avait prise, et la colère du connétable n’émut aucunement la contenance calme du ménestrel.

« Avoue que tu as menti, » dit le connétable en le relâchant, sans que sa violence fît plus d’effet sur lui que la force humaine n’en produit sur les pierres chancelantes des druides, qu’on peut ébranler, mais jamais déplacer.

« Quand un mensonge devrait me racheter la vie et celle de toute ma tribu, dit le ménestrel, je ne le prononcerais pas. Mais la vérité même est traitée de mensonge quand elle contrarie le penchant de nos passions.

« Entends-le, Philippe Guarine, entends-le ! » s’écria le connétable, en se tournant précipitamment vers son écuyer ; « il m’annonce ma disgrâce, le déshonneur de ma maison, la dépravation de ceux que j’ai le plus aimés au monde… il me l’annonce avec un air calme, un œil tranquille, une voix ferme. Cela est-il naturel ? de Lacy est-il tombé si bas, que son déshonneur soit annoncé par un ménestrel ambulant, avec autant de calme que si c’était le sujet d’une vaine ballade ? Tu en feras peut-être une, n’est-ce pas ? » En achevant, il jeta un regard furieux sur le ménestrel.

— Peut-être le pourrais-je, milord, si je ne devais y rapporter la disgrâce de Renault Vidal, qui servit un seigneur sans patience pour supporter les injures et les maux de la fortune, et sans résolution pour s’en venger sur les auteurs de sa honte.

— Tu as raison, tu as raison, brave garçon, dit le connétable précipitamment ; la vengeance seule nous reste maintenant… et cependant sur qui ! »

Tout en parlant, il se promenait d’un pas rapide çà et là ; puis, gardant tout à coup le silence, il s’arrêta et se tordit les mains avec une vive émotion.

« Je t’ai bien dit que mes nouvelles trouveraient une partie sensible à la fin, dit le ménestrel à Guarine. « Te rappelles-tu le combat du taureau que nous avons vu en Espagne ? Mille petits