Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/277

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— Puisque vous êtes si pointilleuse, lady, reprit Monthermer, sachez que, vu les troubles de ce pays, la volonté du roi est de placer dans vos murs une troupe de soldats pour garder ce château important, soit contre les soldats qui brûlent et égorgent tout, soit contre les Gallois qui, on doit s’y attendre, ne manqueront pas, selon leur coutume dans les temps de révolte, de faire des incursions sur les frontières. Ouvrez donc vos portes, dame de Berenger, et laissez entrer dans le château les forces de Sa Grâce.

— Sire chevalier, reprit Éveline, ce château, comme toute autre forteresse d’Angleterre, appartient au roi par la loi ; mais, par la loi aussi, je dois le défendre et le garder ; c’est à cette condition que mes ancêtres possédaient ces terres. J’ai assez d’hommes pour défendre maintenant Garde-Douloureuse, comme mon père et mon grand-père l’ont défendu autrefois. Le roi est trop bon d’avoir pensé à m’envoyer des secours, mais je n’ai pas besoin de mercenaires ; et il ne serait pas sûr d’admettre dans mon château des gens qui pourraient, dans ces temps de désordre, s’en rendre maîtres pour d’autres que pour sa propriétaire légale.

— Lady, reprit le vieux guerrier, Sa Grâce n’ignore pas les motifs qui vous portent à une telle révolte. Ce n’est pas la crainte des forces royales qui vous engage, vous, vassale de Henri, à tenir cette conduite réfractaire. Je pourrais, d’après votre refus, vous proclamer traître à la couronne ; mais le roi se rappelle les services de votre père. Sachez donc que nous n’ignorons pas que Damien de Lacy, accusé d’avoir fomenté et dirigé cette insurrection, d’avoir déserté le champ de bataille et abandonné un noble camarade au glaive du paysan brutal, a trouvé abri sous ce toit, au mépris de votre fidélité comme vassale, et de votre conduite comme une fille de haut rang. Livrez-le-nous, et je retirerai ces troupes, et vous dispenserai, quoique je doive à peine le faire, d’avoir garnison dans ce château.

— Guy de Monthermer, reprit Éveline, celui qui jette une tache sur mon nom parle indignement et avec fausseté ; quant à Damien de Lacy, il sait défendre sa réputation. Je dirai seulement que, tant qu’il séjournera dans le château de la fiancée de son oncle, elle ne le livrera à personne, encore moins à son ennemi connu. Baissez la herse, gardes, et qu’on ne la lève pas sans mon ordre spécial ! »

À peine cet ordre fut-il donné, que la herse retomba avec bruit