Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/269

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faitement tous ses mouvements, ainsi qu’il nous l’a prouvé ce matin même ?

— Je l’ignore, dit le page ; mais il y a des saints et des anges gardiens ; et si quelqu’un sur la terre mérite leur protection, c’est lady Éveline Berenger.

— Bien dit, monsieur le confident, » reprit Genvil en riant ; « mais un vieux troupier ne croit pas cela. Des saints et des anges ! oui, oui, il y a là-dessous des actions bien saintes, je vous le promets. »

Le page allait répondre avec colère, quand Stephen Pontoys accourut avec ses camarades : « Wenlock se défend bravement, s’écria-t-il, quoiqu’il soit assailli avec furie par ces paysans ! Les arbalétriers font bien leur devoir, et je ne doute pas qu’ils ne puissent tenir la place jusqu’à ce que nous arrivions, s’il vous plaît de marcher un peu plus vite. Ils ont attaqué les barrières, et il n’y a qu’un instant ils étaient près de les escalader, mais ils furent repoussés avec perte. »

La troupe bâta le pas avec toute la vitesse que permettait le bon ordre, et atteignit bientôt le sommet d’une petite éminence, au-dessous de laquelle se trouvait le village où Wenlock se défendait. L’air retentissait des cris des insurgés, qui, nombreux comme des abeilles, et animés par ce courage obstiné particulier aux Anglais, se pressaient comme des fourmis autour des barrières, et cherchaient à briser les palissades ou à les escalader, malgré une grêle de pierres et de flèches que les assiégeants leur jetaient et qui leur causaient beaucoup de perte, et malgré les épées et les haches des soldats, quand ils en venaient aux mains.

« Il est encore temps, il est encore temps ! » dit Amelot laissant tomber ses rênes et frappant ses mains avec joie ; « agite ton drapeau, Genvil, qu’il soit bien vu de Wenlock et des siens. Camarades, halte ! laissez respirer vos chevaux un moment. Écoutez, Genvil : si nous descendions par ce large sentier dans la prairie où sont les bestiaux ?…

— Bravo, mon jeune faucon ! » reprit Genvil, dont l’amour pour les combats, semblable à celui du cheval de guerre de Job, s’allumait à la vue des lances et au son de la trompette. « Nous aurons un bon terrain pour charger ces misérables.

— Quel nuage noir et épais forment ces scélérats ! dit Amelot ; mais nos lances y feront pénétrer le jour… Voyez, Genvil, les