Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/259

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bre et que les spectateurs voulussent bien se retirer. « Milord, dit-il, depuis sa maladie à Gloucester, est sujet à parler avec égarement lorsqu’il s’éveille, et il sera mécontent de moi si je permets que quelqu’un reste près de lui. »

Éveline ordonna à ses femmes et au moine de se retirer dans l’antichambre, tandis qu’elle resta sur le seuil de la porte qui communiquait aux appartements ; elle entendit Damien prononcer son nom en se retournant douloureusement sur son lit. « Est-elle saine et sauve ? » fut sa première question, et elle fut faite avec un empressement qui indiquait combien cette inquiétude l’emportait sur toute autre considération. Quand Amelot répondit affirmativement, il soupira comme quelqu’un dont le cœur est soulagé d’un grand poids, et, d’une voix moins animée, il demanda au page où il était. « Cet appartement et cet ameublement me sont étrangers, dit-il.

— Mon cher maître, dit Amelot, vous êtes à présent trop faible pour faire des questions et entendre des explications.

— En quelque lieu que je sois, dit Damien, recouvrant la mémoire, » je ne suis pas où mon devoir m’appelle. Dites à mes trompettes de sonner le bouteselle… À cheval ! et que Ralph Genvil porte ma bannière !… À cheval, à cheval ! nous n’avons pas un instant à perdre. »

Le blessé fit quelques efforts pour se lever ; ce que, vu sa faiblesse, Amelot empêcha facilement. « Tu as raison, » dit-il en retombant sur son lit, « tu as raison, je suis trop faible ; mais pourquoi la force resterait-elle quand l’honneur est perdu ? »

L’infortuné jeune homme se couvrit le visage avec ses deux mains, et gémit d’une manière qui annonçait qu’il était plus malade d’esprit que de corps. Lady Éveline s’approcha du lit en tremblant, désirant et cependant craignant, sans savoir pourquoi, de témoigner l’intérêt qu’elle prenait aux souffrances du blessé. Damien leva les yeux, la vit, et se cacha de nouveau le visage dans ses mains.

« Que signifie cette étrange fureur, sire chevalier ? » dit Éveline d’une voix d’abord faible et tremblante, mais qui graduellement se calma et se raffermit. « Devriez-vous tant vous affliger quand vous avez rempli les devoirs prescrits par la chevalerie, et lorsque le ciel vous a choisi deux fois pour délivrer l’infortunée Éveline Berenger ?

— Oh ! non, non ! » s’écria-t-il vivement ; « puisque vous êtes