Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/254

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— Je ne parle pas du voleur borgne, reprit Wilkin, quoique l’accroissement et l’audace d’un brigand comme Dawfyd[1] n’annonce pas un pays paisible. Mais toi qui es renfermée dans ces murs, tu n’entends pas parler de ce qui se passe dehors, et cette ignorance t’épargne des tourments… Vous n’auriez rien su par moi, si je n’avais pas vu la nécessité de me retirer dans un autre pays.

— De vous retirer, mon père, de quitter le pays où votre économie et votre industrie vous ont acquis une honorable aisance.

— Oui, et où l’avidité des méchants, qui m’envient le produit de mon économie, peut me conduire à une mort déshonorante. Il y a eu du tumulte parmi les hommes de la populace anglaise dans plus d’un comté, et leur fureur se dirige contre ceux de notre nation, comme si nous étions des juifs ou des païens, et non de meilleurs chrétiens et de meilleurs hommes qu’eux-mêmes. Ils ont, à Garck, à Bristol et ailleurs, bouleversé les maisons des Flamands, abimé leurs marchandises, maltraité leurs familles, et assassiné nos compatriotes…. Et pourquoi ?… parce que nous leur avons apporté les talents et l’industrie qu’ils ne possédaient pas, et parce que la richesse, qui eût été inconnue à la Grande-Bretagne, était la récompense de notre art et de notre travail. Roschen, ce mauvais esprit s’accroît de jour en jour : ici nous sommes plus en sûreté qu’ailleurs, parce que nous formons une colonie forte et nombreuse ; mais je ne me fie pas à nos voisins ; et si toi, Rose, tu n’eusses pas été en sûreté, il y a long-temps que j’aurais tout abandonné et quitté la Grande-Bretagne.

— Tout abandonné, et quitté la Grande-Bretagne ! » Ces paroles résonnaient mal aux oreilles de sa fille, qui savait mieux que tout autre combien son père avait réussi dans son industrie, et combien il était peu probable qu’un homme d’un caractère ferme et calme comme le sien abandonnât des avantages réels et connus par la crainte d’un danger vague et éloigné. Enfin, elle reprit : « Si le danger est tel, mon père, il me semble que votre maison et vos biens ne peuvent pas être mieux protégés que par la présence de ce noble chevalier. Quel est l’homme qui oserait entreprendre la moindre violence contre la maison qui donne asile à Damien de Lacy ?

— Je l’ignore, » dit le Flamand d’un ton calme, mais triste. « Que le ciel me le pardonne, si c’est un péché ! mais je ne vois

  1. Le texte écrit Dafyd ; mais le flamand écrit comme il prononce, Dawfyd. a. m.