Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/252

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mer. « Ma chère maîtresse, s’écria Rose, vous plairait-il de prendre mon manteau ?

— Ne me tourmentez pas, » répondit Éveline d’un ton un peu brusque.

« En vérité, milady, » ajouta dame Gillian en s’avançant promptement, comme si elle craignait qu’on n’intervînt dans ses fonctions de maîtresse de la garde-robe ; « en vérité, Rose Flammock a raison ; ni votre jupe ni votre robe ne sont arrangées convenablement, ni même décemment, puisqu’il faut l’avouer. Si Rose veut se retirer et détourner son cheval de mon chemin, je vous arrangerai, en moins de temps qu’il n’en faut pour placer une épingle, et mieux que ne le feraient toutes les Flamandes en douze heures.

— Je ne m’inquiète pas de ma toilette, » reprit Éveline du même ton.

« Inquiétez-vous donc de votre honneur, de votre réputation, » dit Rose en avançant son cheval tout près de celui de sa maîtresse ; puis elle ajouta à voix basse : « Décidez promptement où vous voulez mener ce jeune homme blessé.

— Au château, » reprit Éveline tout haut, comme si elle méprisait le secret. « Conduisez-le au château, et le plus vite que vous pourrez.

— Pourquoi pas plutôt à son camp, ou à Malpas ? dit Rose ; ma chère maîtresse, croyez que ce sera bien mieux.

— Pourquoi pas, pourquoi pas ! Pourquoi ne pas l’abandonner sur la route, au poignard des Gallois ou à la dent des loups ? Il a été mon libérateur, une fois, deux fois, trois fois : il ira où j’irai, et je ne penserai à ma sûreté que lorsque je serai sûre de la sienne. »

Rose vit qu’elle ne ferait aucune impression sur sa maîtresse, mais que la vie du blessé pourrait être compromise par un transport plus long que celui qui était absolument nécessaire. Un expédient par lequel elle imagina qu’on obvierait à cet embarras lui vint à l’idée, mais il fallait qu’elle consultât son père. Elle donna un coup de cravache à son palefroi, et en un instant sa petite mais charmante personne, et son genêt plein de feu, se trouvèrent à l’ombre du gigantesque Flamand et de son énorme cheval noir. « Mon cher père, dit Rose, milady a l’intention de faire transporter sir Damien au château, où il est probable qu’il séjournera longtemps ;… qu’en pensez-vous ?… est-ce une décision convenable ?