Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/244

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bataille avait probablement été abandonné aux morts et aux mourants ; car des gémissements peu distincts furent la seule réponse qu’elle reçut pendant quelques minutes. Enfin, comme elle répétait ses exclamations, une voix faible comme celle d’une personne qui sort d’un évanouissement prononça ces paroles : « Édris d’Earthen-House, de ta tombe appelles-tu le malheureux qui va entrer dans la sienne ? Sont-ils brisés les liens qui m’attachaient aux vivants ? et entends-je déjà avec des oreilles charnelles les faibles cris des morts ?

— Ce n’est pas un esprit qui parle, » reprit Éveline transportée de joie en voyant enfin qu’elle pouvait révéler son existence à un être vivant, « ce n’est pas un esprit, mais une jeune fille des plus infortunées : je me nomme Éveline Berenger ; je suis enfermée sous cette voûte sombre et en danger d’y périr si Dieu ne m’envoie du secours.

— Éveline Berenger ! » s’écria avec surprise celui à qui elle s’adressait ; « c’est impossible ! J’ai suivi des yeux son manteau vert, son bonnet à plumes, lorsqu’elle fut entraînée du champ de bataille ; j’ai senti l’impossibilité où j’étais de la sauver, et la force ne m’a quitté que lorsque j’ai cessé de voir sa robe et les plumes, et quand l’espoir de la délivrer m’a abandonné.

— Fidèle vassal, véritable ami, courtois étranger, quel que soit le nom que je puisse te donner, reprit Éveline, apprends que tu as été trompé par les artifices de ces bandits gallois : ils ont effectivement le manteau et la coiffure d’Éveline Berenger, et s’en sont servis pour abuser mes vrais amis, qui, comme toi, s’intéressaient à mon sort. Ainsi, brave chevalier, cherche par quel moyen nous pourrons tous deux obtenir des secours ; car je crains que ces scélérats, quand ils ne seront plus poursuivis, ne reviennent ici, comme le voleur à la cachette où il a déposé son butin volé.

— Que la sainte Vierge soit louée, dit le blessé, si je puis employer le dernier souffle de ma vie à te servir honorablement ! Je n’avais pas voulu sonner du cor, dans la crainte d’arrêter pour moi ceux qui pouvaient te sauver. Fasse le ciel que le rappel soit entendu maintenant ! que mes yeux voient encore lady Éveline libre et en sûreté ! »

Ces paroles, quoique prononcées d’un ton faible, respiraient un esprit d’enthousiasme et furent suivies du son d’un cor faiblement articulé, auquel l’écho de la vallée répondit seul. Un son