Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/241

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cepté lorsqu’ils se parlaient bas entre eux en gallois, pour indiquer le plus succinctement possible la route qu’il fallait prendre, ou pour s’exciter à se hâter.

Ces murmures cessèrent, et il se fit une pause de quelques minutes ; Éveline entendit alors celui qui lui avait parlé donner des ordres qu’elle ne put comprendre. Puis s’adressant à elle : « Vous verrez bientôt, dit-il, si je disais vrai, quand j’annonçais que je méprisais les liens qui vous enchaînent. Mais vous êtes la cause de la lutte et la récompense de la victoire. Il faut qu’on vous mette en sûreté autant que le temps le permet ; et tout étrange que soit le genre de protection auquel on va vous confier, j’espère que le vainqueur du combat qui va avoir lieu vous trouvera saine et sauve.

— Pour l’amour de la bienheureuse Vierge, qu’il n’y ait pas du sang répandu ! dit Éveline, ôtez plutôt mon bandeau, et laissez-moi parler à ceux dont vous craignez l’approche. Si ce sont des amis, comme il me le paraît, je rétablirai la paix entre vous.

— Je méprise la paix, répondit l’étranger ; je n’ai pas entrepris une aventure hardie pour y renoncer, comme un enfant qui cède son jouet à la première contrariété. Veuillez descendre, noble dame, ou plutôt ne soyez pas offensée si je vous enlève de dessus votre selle pour vous placer sur le gazon. »

Tandis qu’il parlait, Éveline se sentit soulevée de dessus son palefroi, et on l’assit soigneusement par terre. Un moment après, ce même homme exigeant lui ôta son bonnet, le chef-d’œuvre de dame Gillian, et son manteau : « Il faut encore que je vous prie, dit-il, de vous traîner sur les genoux et sur les mains dans cette ouverture étroite. Croyez-moi, je regrette la nature de la fortification singulière à laquelle je confie votre sûreté. »

Éveline se traîna ainsi qu’on le lui disait, sentant que la résistance ne servirait de rien, et pensant que son consentement à la requête de quelqu’un qui parlait comme un homme d’importance pourrait lui valoir sa protection contre la fureur sans bornes des Gallois, pour lesquels elle était un objet de haine, étant la cause de la mort de Gwenwyn, et de la défaite des Bretons sous les murs de Garde-Douloureuse.

Elle se traîna donc dans un passage étroit et humide, bâti de chaque côté avec des pierres brutes, et si bas, qu’elle n’aurait pas pu y pénétrer dans une autre posture. Quand elle eut parcouru deux ou trois verges de distance, elle entra dans une petite ca-