Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/240

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sans crainte sur le but de cette attaque ; mais malgré la violence avec laquelle on l’entraînait, elle ne permit pas à sa frayeur de lui ôter la faculté d’observer et de réfléchir. Entendant un bruit plus fort de pas de chevaux, elle en conclut que la plus grande partie des brigands qui l’avaient saisie rejoignaient leurs compagnons. Elle connaissait les habitudes des maraudeurs gallois, qui, malgré que la petitesse et la légèreté de leurs montures les rendissent tout à fait incapables de servir dans une bataille, prenaient avantage de leur vitesse et de la sûreté de leurs pieds pour se transporter et s’éloigner rapidement de la scène de leurs vols, et s’assurer ainsi une approche rapide et inaperçue, et une retraite facile et prompte. Ces animaux traversaient sans difficulté, chargés du poids d’un soldat pesant, les sentiers sauvages des montagnes qui divisaient le pays, et dans l’un desquels lady Éveline conclut qu’elle se trouvait, d’après la manière dont son propre palefroi, que deux fantassins tenaient par deux rênes, semblait gravir quelque précipice, puis descendre avec encore plus de difficulté de l’autre côté.

Dans un de ces instants, une voix qu’elle n’avait pas encore distinguée lui parla en anglo-normand, et lui demanda, avec un air d’intérêt, si elle était bien assise sur sa selle, offrant en même temps de faire arranger ses vêtements selon sa volonté.

« N’insulte pas à ma condition en parlant de sûreté, dit Éveline ; tu dois bien penser que je considère ma sûreté comme tout à fait incompatible avec ces actes de violence. Si moi ou mes vassaux nous avons fait tort à quelqu’un de ton pays, dis-le-moi, et on en rendra raison ; si c’est une rançon que vous voulez, fixez la somme, et j’enverrai un ordre pour qu’on la trouve ; mais ne me retenez pas prisonnière, car je ne puis regarder cela que comme une injure qui ne vous avancera à rien.

— Lady Éveline, » reprit la voix, toujours d’un ton de courtoisie qui ne s’accordait guère avec la violence qu’on lui faisait, « verra bientôt que nos intentions valent mieux que nos actions.

— Si vous savez qui je suis, dit Éveline, vous ne devez pas douter qu’on ne venge cette atrocité. Tous devez savoir par quelles bannières mes terres sont protégées maintenant ?

— Par celle de de Lacy, » reprit la voix d’un ton d’indifférence ; « ainsi soit-il ; les faucons ne craignent pas les faucons. »

Il y eut alors une halte, et un murmure confus s’éleva parmi les brigands qui avaient jusqu’à ce moment gardé le silence, ex-