Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/238

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Tandis qu’il parlait, l’autre oiseau avait vengé le sort de son compagnon ; car le succès du héron n’empêcha pas que son autre aile ne fût attaquée ; le faucon s’abaissant hardiment, et saisissant sa proie, tous deux tombèrent ensemble d’une hauteur immense. Le grand point des fauconniers était d’arriver aussi vite que possible, afin que le faucon ne fût pas blessé par le bec ou les serres du héron ; et toute la troupe, les hommes donnant de l’éperon et les femmes des coups de cravache à leurs chevaux, partit comme le vent en suivant le beau chemin sablé qui s’étendait entre le rocher et l’eau.

Lady Éveline, beaucoup mieux montée que ceux de sa suite, et dont l’imagination était exaltée par la chasse et par la vitesse de sa course, arriva la première à l’endroit ou le faucon et le héron, toujours engagés dans leur lutte mortelle, combattaient sur la mousse ; l’aile de ce dernier avait été cassée par son ennemi. Le devoir du fauconnier en pareil cas était d’aider son faucon, en enfonçant le bec du héron dans la terre, rompant ses jambes, puis il permettait au faucon de l’expédier.

Ni le sexe ni la qualité de lady Éveline ne l’auraient excusée, si elle eut aidé le faucon de cette manière cruelle ; mais au moment où elle descendait de cheval dans cette intention, elle fut surprise de se sentir saisie par un homme à l’air sauvage, qui s’écria en gallois qu’il l’arrêtait comme waif pour avoir chassé sur les domaines de Dawfyd le Borgne. En même temps ses compagnons, au nombre de plus de vingt, se montrèrent derrière des rocs et des buissons, tous armés avec des haches qu’on appelle crochets gallois, de longs couteaux, des dards, des flèches et des arcs,

Éveline appela sa suite à grands cris pour venir à son secours, et en même temps se servit de quelques phrases galloises qu’elle connaissait, pour exciter les craintes ou la compassion des montagnards proscrits ; car elle ne doutait pas qu’elle venait de tomber au pouvoir d’une de ces bandes. Quand elle vit que ses prières n’étaient pas écoutées, et que leur intention était de la détenir prisonnière, elle dédaigna d’employer les supplications, mais demanda à leur propre péril qu’on la traitât avec respect, promettant de leur payer une forte rançon, et les menaçant de la vengeance des lords des Marches, et surtout de Damien de Lacy, s’ils s’avisaient de la traiter autrement.

Les sauvages parurent l’entendre, et tout en lui attachant un bandeau sur les yeux, et en liant ses bras avec son propre voile,