Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/231

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Gillian ; mais de beaux faucons avec de larges pattes fortement armées, et des becs courts et bleuâtres.

— Paix avec ton jargon ! D’où viennent-ils ? » dit Raoul, que cette nouvelle intéressait, mais qui ne voulait pas donner à sa femme la satisfaction de s’en apercevoir.

« De l’île de Man, reprit Gillian.

— Ils doivent être bons alors, quoiqu’une femme en apporte la nouvelle, » dit Raoul, que son air maussade n’empêchait pas de sourire de sa phrase spirituelle ; puis quittant la fauconnerie, il demanda où l’on pouvait voir ce fameux marchand de faucons.

« Mais, entre la barrière et la porte intérieure, reprit Gillian, où l’on admet les autres marchands ; où voulez-vous qu’il soit ?

— Et qui l’a laissé entrer ? demanda le soupçonneux Raoul.

— Eh ! c’est monsieur l’intendant, hibou ! dit Gillian : il est venu tout à l’heure dans ma chambre, et m’a envoyée ici pour vous chercher.

— Oh ! l’intendant ! l’intendant ! je l’aurais deviné. Et il est allé dans ta chambre, parce que, sans doute, il ne lui aurait pas été aussi facile de venir ici me trouver, n’est-ce pas, joli cœur ?

— Je ne sais pas pourquoi il a mieux aimé venir me trouver, Raoul, dit Gillian ; et si je le savais, peut-être que je ne vous le dirais pas. Allez, faites votre marché ou manquez-le, je m’en inquiète peu ; cet homme ne vous attendra pas, il a de belles offres du sénéchal de Malpas et du lord gallois de Dinevawr.

— J’y vais, j’y vais, » dit Raoul, qui sentait la nécessité de saisir cette occasion d’augmenter sa fauconnerie, et il se hâta de se rendre à la porte où il trouva le marchand, suivi d’un domestique qui tenait dans des cages séparées les trois faucons qu’il offrait à vendre.

Le premier coup d’œil convainquit Raoul qu’ils étaient de la meilleure race d’Europe, et que, si leur éducation était aussi bonne, ils ne seraient pas indignes d’une fauconnerie royale. Le marchand ne manqua pas d’enchérir sur toutes leurs qualités : la largeur de leurs épaules, la force de leurs reins, leurs grands yeux noirs féroces, leur hardiesse à l’approche des étrangers, et la vigueur avec laquelle ils laissaient leurs plumes et se secouaient. Il s’étendit sur le danger qu’on avait couru pour les prendre sur le rocher de Ramsey, où ils avaient été élevés, et qui était une aire sans pareille, même sur les côtes de la Norwége.

Raoul fit la sourde oreille à toutes ces louanges. « Ami, dit-il,