Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/226

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château de riches vêtements et des ornements pour les dames.

On ne doit pas oublier dans cette liste d’amusements la visite ordinaire des mendiants, des jongleurs, des bouffons ambulants ; et quoique sa nation le rendît l’objet de l’observation et de la défiance, on permettait même au barde gallois, portant une énorme harpe en corde de poil de cheval, de varier l’uniformité de leur solitude ; mais, hors ces occupations et les devoirs religieux, il était impossible de passer sa vie avec une monotonie plus ennuyeuse qu’au château de Garde-Douloureuse. Depuis la mort de son brave propriétaire, à qui les fêtes et l’hospitalité étaient aussi naturelles que les pensées d’honneur et les faits de chevalerie, on aurait pu dire que la tristesse du couvent entourait l’ancienne maison de Berenger, si la présence de tant de gardes armés qui se promenaient solennellement sur les batteries ne lui eût plutôt donné l’aspect d’une prison d’État ; et peu à peu le caractère de ses habitants fut en harmonie avec son apparence.

Éveline principalement éprouvait une tristesse à laquelle sa vivacité naturelle ne pouvait résister ; et à mesure que ses pensées devenaient plus sérieuses, elles avaient pris ce ton grave et contemplatif qui est si souvent joint à une imagination ardente et enthousiaste. Elle réfléchissait sur les premiers accidents de sa vie, et l’on ne doit pas s’étonner si ces idées se reportaient sur les deux périodes où elle avait cru voir une apparition surnaturelle : c’était alors qu’il lui semblait souvent qu’un bon et un mauvais génie luttaient à qui se rendrait maître de sa destinée.

La solitude est favorable aux sentiments les plus dominants, et ce n’est que lorsqu’ils sont seuls et occupés de leurs propres pensées que les fanatiques ont des rêveries, et que les prétendus saints se perdent dans des extases imaginaires. Chez Éveline l’influence de l’enthousiasme n’allait pas à ce point ; néanmoins il lui semblait que, la nuit, elle voyait quelquefois la Dame de Garde-Douloureuse jeter sur elle des regards de pitié, de consolation et de protection ; quelquefois la vision sinistre du château de Baldringham élevait sa main sanglante comme témoin des injures qu’elle avait reçues pendant sa vie, et menaçait la descendante de son meurtrier.

En sortant de pareils songes[1], Éveline réfléchissait qu’elle était le dernier rejeton de sa maison, à laquelle la protection de l’image miraculeuse et l’inimitié de la vindicative Vanda avaient été par-

  1. On awaking from such dreams.