Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/221

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résolu, vu sa situation, d’observer la retraite la plus stricte, et elle espérait que sa solitude ne serait pas violée, même par le noble et jeune chevalier qui devait être son gardien, à moins que quelque crainte ne nécessitât sa visite au château.

L’abbesse acquiesça, quoique froidement, à une proposition que recommandaient ses idées de décorum ; et l’on fit à la hâte des préparatifs pour le retour de lady Éveline au château de son père. Deux entrevues qui eurent lieu avant son départ, furent pénibles. La première, quand Damien lui fut présenté avec cérémonie par son oncle, comme celui auquel il confiait le soin de sa propriété, et, ce qui lui était bien plus cher, ainsi qu’il l’affirma, la protection de sa fiancée et de ses intérêts.

Éveline osa à peine jeter un regard sur lui ; mais ce seul regard lui fit connaître tout le ravage que la maladie et le chagrin avaient fait sur la physionomie mâle et belle du jeune homme. Elle reçut sa salutation avec autant d’embarras qu’il en mit à la faire ; et, à l’offre pleine d’hésitation qu’il lui fit de ses services, elle répondit qu’elle espérait qu’elle ne lui serait redevable que de sa bonne volonté pendant l’absence de son oncle.

Ses adieux au connétable furent la deuxième épreuve qu’elle eut à subir, et elle ne se passa pas sans émotion, quoiqu’elle conservât son calme modeste, et de Lacy son maintien grave. La voix de Hugo trembla néanmoins, quand il ajouta, « qu’il serait injuste qu’elle fût liée par l’engagement qu’elle avait consenti à contracter. » Il lui assigna le terme de trois ans ; c’était l’époque à laquelle l’archevêque Baudouin avait consenti à borner son absence. Si je ne parais pas quand ils seront écoulés, dit-il, que lady Éveline en conclue que la tombe recouvre de Lacy, et qu’elle cherche pour compagnon quelque mortel plus heureux ; elle n’en trouvera pas un plus reconnaissant, quoique beaucoup puissent être plus dignes de la posséder. »

Ils se séparèrent ainsi ; et le connétable s’embarquant peu après, suivit les rives de Flandre, où il se proposait de réunir ses forces à celles du comte de ce pays, riche et guerrier, qui avait récemment pris la croix, et de se rendre à la terre sainte par la route qu’ils trouveraient la plus praticable. Le large pannon portant les armes des de Lacy flottait en avant sur la proue du vaisseau, comme s’il indiquait le point de l’horizon où sa renommée devait s’accroître ; et, si l’on considère la renommée du chef, et l’excellence des soldats qui le suivaient, jamais une troupe plus vail-