Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/218

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parler de Randal de Lacy, il est inutile de vous dire que je le considère comme tout à fait indigne de cette confiance.

— Non, je voulais parler d’un autre, dit Flammock, qui vous est plus proche, et qui, si je ne me trompe, a une grande part dans votre amitié : je voulais parler de votre neveu Damien de Lacy. »

Le connétable tressaillit comme si une guêpe l’eût piqué ; mais il reprit avec un calme forcé : « Damien devait partir à ma place pour la Palestine. Il paraît maintenant qu’il faut que j’y aille à la sienne, car, depuis cette dernière maladie, les médecins ont totalement changé d’avis, et considèrent comme dangereuse la chaleur du climat, qu’ils regardaient auparavant comme salutaire. Mais nos savants docteurs sont comme nos savants prêtres, il faut qu’ils aient raison, de quelque manière qu’ils changent leurs avis ; et nous autres, pauvres laïques, nous avons toujours tort. Je puis, il est vrai, avoir en Damien la plus grande confiance, mais il est jeune, Flammock, très-jeune, et sous ce point ne ressemble que trop à celle qu’on pourrait sans cela confier à sa garde.

— Alors, encore une fois, milord, restez chez vous et soyez vous-même le protecteur de celle qui vous est naturellement si chère.

— Encore une fois, je répète que je ne le peux pas, reprit le connétable. La démarche que j’ai faite comme un grand devoir est peut-être une grande erreur ; tout ce que je sais, c’est que je ne puis revenir là-dessus.

— Fiez-vous donc à votre neveu, milord ; il est honnête et franc, et il vaut mieux se fier à de jeunes lions qu’à de vieux loups. Il peut s’égarer, mais ce ne sera point par trahison préméditée.

— Tu as raison, Flammock, dit le connétable, et peut-être j’aurais dû demander plus tôt tes conseils, tout grossiers qu’ils sont ; mais que ce qui s’est passé entre nous reste secret, et cherche quelque chose qui te soit plus avantageux que de parler de mes affaires.

— Cela s’arrangera facilement, milord, reprit Flammock ; car mon intention était de solliciter la faveur de Votre Seigneurie pour obtenir certaine extension de nos privilèges dans ce lieu désert, où nous autres Flamands nous nous sommes retirés.

— Tu les auras, pourvu qu’ils ne soient pas exorbitants, » dit le connétable. Et l’honnête Flamand, chez lequel une délicatesse