Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/211

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s’élancer l’épée à la main. Ses grands yeux noirs, où le sommeil combattait le désir d’entendre la musique, étaient fixés sur Vidal, qui les vit briller au reflet de la lampe d’argent, comme ceux d’un dragon ou d’un basilic.

Après quelques accords préliminaires sur son luth, le ménestrel pria le connétable de nommer le sujet sur lequel il désirait qu’il exerçât ses talents.

« La foi d’une belle, » reprit Hugo de Lacy en plaçant sa tête sur l’oreiller.

Après un court prélude, le ménestrel obéit, en chantant à peu près ces paroles :


la foi d’une belle.


La foi, la parole des belles !
Tracez-les sur le sable errant,
Ou sur l’écume d’un torrent,
De l’astre aux clartés infidèles ;
Et chaque lettre, je le crois.
Sera plus nette, plus solide
Et plus permanente à la fois,
Que la chose pompeuse et vide
Dont ce caractère perfide
Abuse noire esprit courtois.

De l’araignée industrieuse
J’ai comparé la toile aux vœux
Qu’une beauté mystérieuse
Fait dans le transport de ses feux :
Et j’ai pesé le grain de sable
Contre la foi du sexe aimable
Et de son cœur le gage heureux :
J’ai dit alors à ma maîtresse
Combien fragile est sa promesse.
Combien passagère est sa foi.
Pourtant de nouveau la cruelle
M’a juré constance éternelle,
Et je suis rentré sous sa loi.


« Comment, fripon ! » dit le connétable en se soulevant sur son coude ; « quel est l’ivrogne de poète qui vous a appris cette satire peu spirituelle ?

— C’est une vieille amie mal vêtue et de mauvaise humeur, qu’on appelle l’Expérience, reprit Vidal ; je prie le ciel qu’elle ne donne jamais de leçon à Votre Seigneurie où à tout autre homme de bien.

— Va donc, drôle, répondit le connétable ; tu es un de ces sots, j’en réponds, qui voudrait se faire passer pour avoir de l’esprit, parce que tu sais plaisanter sur ces choses que des hommes plus