Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/202

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milord de Cantorbéry me les a expliquées ce matin, car déjà nous avons eu un entretien semblable à celui d’à présent.

— Je suis peu obligé à l’archevêque, dit la connétable, d’avoir prévenu mes excuses, quand il était important pour moi de les détailler et de les faire recevoir favorablement.

— Cela ne regarde que vous et le prélat, dit l’abbesse.

— Oserais-je espérer, » continua de Lacy sans s’offenser du ton de l’abbesse, « que lady Éveline a appris ce malheureux changement sans émotion, je veux dire sans déplaisir ?

— Elle est la fille d’un Berenger, milord, et il est de notre coutume de punir un manque de foi, d’en mépriser l’auteur, mais jamais de nous en affliger. J’ignore ce que fera ma nièce à cette occasion. Je suis une religieuse séquestrée du monde, et je conseillerais la paix et le pardon chrétien avec le sentiment convenable au traitement indigne qu’elle a reçu. Elle a des serviteurs, des vassaux, des amis sans doute, et des conseillers, qui pourraient, par un zèle aveugle pour les honneurs mondains, lui recommander de ne point passer légèrement sur cette injure, mais d’en appeler au roi, ou aux armes des serviteurs de son père, à moins que sa liberté ne lui fût rendue par l’abolition de son contrat ; mais elle vient répondre elle-même. »

Éveline entra en ce moment, appuyée sur le bras de Rose. Elle avait quitté le deuil depuis la cérémonie des fiançailles, et était vêtue d’une jupe blanche et d’une robe de dessus d’un bleu pâle. Sa tête était recouverte d’un voile de gaze si léger, qu’il flottait autour d’elle comme le nuage vaporeux qui entoure ordinairement la figure d’un séraphin. Mais le visage d’Éveline, quoiqu’il ne fût pas par sa beauté au-dessous de cet ordre angélique, était dans ce moment loin de ressembler à celui d’un séraphin pour la tranquillité d’expression. Ses membres tremblaient, ses joues étaient pâles, et la teinte rouge qui entourait ses paupières annonçait des larmes récentes ; néanmoins, au milieu de ces signes naturels de douleur et d’incertitude, il y avait un air de profonde résignation ; la résolution de remplir son devoir en toutes circonstances régnait dans l’expression solennelle de son œil et de son sourcil, et montrait qu’elle était préparée à gouverner l’agitation qu’elle ne pouvait pas vaincre entièrement. Ces qualités opposées de timidité et de résolution étaient si bien marquées sur son visage, qu’Éveline, dans le plus grand éclat de sa beauté, n’avait jamais eu un air plus enchanteur qu’en ce moment. De