Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/201

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rende dame, j’ignorais entièrement que l’on me forcerait à une démarche qui m’est aussi pénible qu’elle vous est désagréable, ainsi que je le vois malheureusement.

— Je ne puis concevoir, reprit l’abbesse, les puissantes raisons qui, existant hier, néanmoins ne sont objectées qu’aujourd’hui.

— J’avoue, » dit de Lacy avec répugnance, « que j’avais trop l’espoir d’obtenir la dispense de mon vœu, que milord de Cantorbéry a, dans son zèle pour le service du ciel, jugé à propos de me refuser.

— Au moins, » dit l’abbesse en voilant son ressentiment sous l’apparence d’une extrême froideur, « Votre Seigneurie nous fera la justice de nous replacer dans la même situation où nous étions hier matin ; et, en se joignant à ma nièce et à sa famille pour demander l’abrogation d’un contrat de mariage fait dans des vues différentes de celles que vous nous proposez maintenant, vous rendrez la liberté à une jeune personne qui en est privée par le contrat quelle a passé avec vous.

— Ah ! madame, dit le connétable, avec quelle froideur et quelle indifférence me demandez-vous d’abandonner les espérances les plus chères que mon cœur ait jamais entretenues.

— Je ne connais pas le langage qui appartient à de tels sentiments, milord, reprit l’abbesse ; mais il me semble que lorsqu’on peut ajourner à des années la perspective d’un bonheur, elle peut être entièrement abandonnée sans beaucoup d’efforts. »

Hugo de Lacy se promena dans la chambre avec agitation, et ne répondit qu’après une longue pause : « Si votre nièce, madame, partage vos sentiments, je ne pourrais vraiment pas en toute justice pour elle, ou peut-être pour moi-même, chercher à conserver des droits que mes fiançailles m’ont donnés sur elle. Mais il faut que j’entende mon sort de sa propre bouche ; et s’il est aussi sévère que j’ai à le craindre d’après vos expressions, je partirai pour la Palestine d’autant meilleur soldat du ciel, que sur la terre je laisserai peu de chose d’intéressant pour moi. »

L’abbesse, sans faire de réponse, appela sa précentrice, et la pria de faire venir sa nièce. La précentrice s’inclina avec respect et se retira.

« Pourrais-je demander, dit de Lacy, si lady Éveline connaît les circonstances qui ont causé ce malheureux changement dans mes intentions ?

— Je les lui ai dites de point en point, dit l’abbesse, comme