Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/200

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fants, suite ordinaire d’une heureuse union, et nécessaires pour la continuation de la maison de son père et de son frère, à moins que le contrat ne fût suivi du mariage et de la résidence des époux dans le pays. Elle ajouta que, puisque le connétable avait changé ses intentions sur ce point important, on ne devait plus parler de ses fiançailles, et elle dit au primat, qu’étant intervenu pour empêcher le fiancé d’accomplir sa première intention, il devait employer maintenant son influence pour dissoudre un engagement dont les conditions se trouvaient changées.

Le primat, qui sentait que c’était lui qui faisait manquer le contrat de de Lacy, se voyait obligé, pour son honneur et sa réputation, à prévenir les suites désagréables de la rupture d’un engagement si convenable aux intérêts et à l’inclination de son ami. Il reprocha à l’abbesse les vues charnelles et séculières qu’elle, dignitaire de l’Église, entretenait sur le mariage et l’intérêt de sa maison. Il lui reprocha même l’égoïsme de préférer la continuation de la ligne des Bérenger à la délivrance du saint sépulcre, et lui annonça que le ciel se vengerait de la politique humaine qui faisait préférer aux intérêts de la chrétienté ceux d’une famille.

Après cette sévère homélie, le prélat se retira, laissant l’abbesse mécontente quoiqu’elle eût la prudence de ne pas répondre avec irrévérence à son avis paternel.

Ce fut dans cette humeur que le connétable trouva la vénérable dame, quand avec quelque embarras, il voulut lui expliquer la nécessité de son départ pour la Palestine.

Elle apprit la nouvelle avec une sombre dignité ; les plis de son ample robe noire et de son scapulaire semblaient, pour ainsi dire, s’enfler d’orgueil tandis qu’elle écoutait le détail des raisons et des circonstances qui forçaient le connétable de Chester à différer le mariage qu’il avouait être le vœu le plus cher à son cœur, jusqu’après son retour de la croisade.

« Il me semble, » reprit l’abbesse avec beaucoup de froideur, « que cette nouvelle est sérieuse ; ce n’est pas une affaire risible : moi-même je ne serais pas une personne convenable à la plaisanterie ; il me semble que la résolution du connétable aurait du moins du être annoncée hier, avant ses fiançailles avec Éveline Bérenger, car nous en attendions un résultat bien différent de celui qu’il annonce aujourd’hui.

— Par l’honneur d’un chevalier et d’un gentilhomme, révé-