Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/191

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— Un court délai de la part d’un chef comme vous, noble de Lacy, reprit le prélat, serait un coup mortel porté à notre sainte et glorieuse entreprise. À des hommes d’un rang inférieur, nous avons pu accorder le privilège de se marier et de faire des mariages même, quoiqu’ils ne partageassent point les chagrins de Jacob ; mais vous, milord, vous êtes le point d’appui de toute l’entreprise, et si vous vous éloignez, elle pourra manquer. Qui, en Angleterre, se croira obligé de partir quand Hugues de Lacy recule ! Pensez moins, milord, à votre épouse fiancée, et plus à votre parole donnée ; et ne croyez pas qu’une union puisse jamais être heureuse quand elle ébranle notre bienheureuse entreprise pour l’honneur de la chrétienté. »

L’opiniâtreté du prélat embarrassait le connétable, et il commençait à céder à ses arguments, quoique avec beaucoup de répugnance, et seulement parce que les habitudes et les opinions du temps ne lui laissaient d’autre moyen de combattre ses raisons que par les sollicitations. « J’admets, dit-il, mes engagements pour la croisade, et je n’ai, je le répète, d’autre désir que celui d’obtenir le court délai nécessaire pour mettre mes affaires importantes en ordre. Pendant ce temps mes vassaux, conduits par mon neveu…

— Ne promets que ce qui est en ton pouvoir, dit le prélat ; qui sait si, dans son ressentiment de ce que tu négliges sa très-sainte volonté, Dieu ne retire pas ton neveu de ce monde, même tandis que nous parlons ?

— À Dieu ne plaise ! » dit le baron en s’élançant comme s’il volait au secours de son neveu ; puis s’arrêtant tout à coup, il tourna vers le prélat un regard perçant et scrutateur : « Ce n’est pas bien à Votre Révérence de se jouer ainsi des dangers qui menacent ma maison, lui dit-il ; Damien m’est cher par ses bonnes qualités, cher pour l’amour de mon unique frère. Puisse Dieu nous pardonner à tous deux ! Il est mort tandis que nous étions en discorde. Milord, vos paroles annoncent que mon bien-aimé neveu souffre et est en danger à cause de mes offenses. »

L’archevêque s’aperçut qu’il avait enfin touché la corde sensible du cœur de son pénitent réfractaire. Il répondit avec circonspection, sachant bien à qui il avait à faire : « Loin de moi l’idée de prétendre interpréter les décrets du ciel ! Mais nous lisons dans l’Écriture que, quand les pères mangent des raisins verts, les dents des enfants en sont agacées. Quoi de plus juste que nous