Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/187

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ne parut pas remarquer l’entrée du connétable, qui, grandement mortifié par cette nouvelle marque de mépris, resta debout, indécis s’il interromprait le lecteur pour s’adresser au prélat tout de suite, ou s’il se retirerait sans l’avoir salué. Avant qu’il eût pris sa résolution, le chapelain était arrivé à une pause, où l’archevêque l’arrêta en lui disant : Satis est, mi fili[1].

Ce fut en vain que le fier baron chercha à cacher l’embarras avec lequel il s’approchait du prélat, dont l’attitude était calculée pour lui inspirer du respect et de l’inquiétude. Il essaya de se conduire avec assez d’aisance, pour rappeler leur ancienne amitié, ou au moins avec assez d’indifférence pour faire croire à sa parfaite tranquillité, mais il ne put y réussir, et son ton indiquait un orgueil grandement mortifié, mêlé d’un embarras peu ordinaire. En de pareilles circonstances le génie de l’Église catholique était sûr de dominer sur le laïque le plus impérieux.

« Je m’aperçois, » dit de Lacy en recueillant ses pensées et honteux de voir qu’il avait de la peine à y réussir, « je m’aperçois qu’une ancienne amitié est oubliée. Il me semble que Hugo de Lacy aurait pu s’attendre à ce qu’un autre messager l’eût mandé devant sa révérende présence et qu’un autre accueil lui fût fait. »

L’archevêque se leva lentement sur son siège et fit un demi-salut au connétable, qui, par un désir intérieur de conciliation, le lui rendit plus bas qu’il n’en avait eu l’intention ou que la stricte courtoisie ne le voulait. Le prélat en même temps fit signe à son chapelain, qui se leva pour se retirer, et en recevant la permission par la phrase Do veniam[2], il s’éloigna avec révérence, sans tourner le dos ni lever les yeux, ses mains toujours cachées dans son vêtement et croisées sur sa poitrine.

Quand ce serviteur muet eut disparu, le front du prélat prit un air plus ouvert, quoiqu’il gardât encore une teinte de vif déplaisir, et il répondit à de Lacy, mais sans se lever : « Il ne convient pas maintenant, milord, de dire ce que le brave connétable de Chester a été pour le pauvre prêtre Baudouin, ni avec quel amour et quel orgueil nous lui avons vu prendre le signe sacré de la rédemption, et se vouer à la délivrance de la terre sainte pour honorer celui qui l’avait lui-même élevé aux honneurs. Si je vois encore ce noble lord devant moi, dans la même résolution sainte, me renouvelant sa promesse, je mettrai de côté le bonnet et la

  1. C’est assez mon fils. a. m.
  2. Je permets. a. m.