Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/180

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régulier de la pratique médicale, et l’interrompent par leurs pronostics pétulants, leurs recettes téméraires, leur mithridate, leurs somnifuges, leurs amulettes et leurs charmes. Un poète dit avec raison :

Non audet, nisi quœ didicit. Dare quod medicorum est,
Promittunt medici ; tractant fabritia fabri[1]. »

Tout en répétant ces deux vers avec beaucoup d’emphase, le docteur laissa retomber le bras de son malade, afin de pouvoir accompagner d’un geste la cadence : « Voilà, dit-il aux spectateurs, ce que nul de vous ne peut comprendre… Non, de par saint Luc, ni le connétable lui-même.

— Mais il sait fouetter un chien qui s’amuse quand il devrait être occupé, dit Raoul ; et par cet avis il imposa silence au chirurgien, qui se remit à son devoir, en faisant transporter le jeune Damien dans un appartement de la rue voisine, où les symptômes de la maladie semblèrent plutôt augmenter que diminuer ; et exigèrent bientôt tout le talent et toute l’attention du médecin.

Le contrat de mariage venait d’être signé quand on apprit, comme nous l’avons déjà dit, la maladie de Damien. Lorsque le connétable reconduisit son épouse dans l’appartement où la compagnie était assemblée, leur visage offrait une inquiétude et une confusion qui ne diminuèrent pas quand Éveline retira brusquement sa main de celle du connétable, en observant qu’elle était teinte de sang, et qu’elle-même en avait à ses doigts. Elle fit une légère exclamation en montrant cette tache à Rose, et lui dit en même temps : « Que présage ceci ?… Est-ce la vengeance du doigt sanglant qui commence déjà ?

— Cela ne présage rien, ma chère maîtresse, reprit Rose ; ce sont nos propres craintes qui sont nos prophètes[2], non ces bagatelles que nous prenons pour augures. Pour l’amour de Dieu, parlez à Milord ; il est surpris de votre agitation.

— Qu’il m’en demande la cause, dit Éveline ; il vaut mieux la lui dire, s’il s’en informe, que de la lui apprendre sans qu’il la demande. »

Le connétable, pendant qu’Éveline parlait avec sa suivante, avait aussi remarqué que, dans son empressement de secourir son neveu, du sang avait coulé sur ses mains et qu’il en avait taché

  1. Pour parler il faut savoir ; c’est aux médecins seuls à ordonner des médecines ; chaque artisan doit s’occuper de son métier. a. m.
  2. It is our own fears that are prophets.