Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/164

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vœux, la faisait tressaillir en songeant qu’ils pourraient atteindre leur but.

Les mots sinistres de la prédiction, tu trahiras et tu seras trahie, revenaient alors se présenter à sa mémoire ; et quand sa tante, après que le grand deuil fut fini, fixa l’époque de ses fiançailles, elle éprouva un effroi dont elle ne put se rendre compte, et qu’elle n’avoua pas, ainsi que les détails de son rêve, au père Aldrovand même, au confessional. Ce n’était pas aversion pour le connétable, ni préférence pour quelque autre amant ; c’était une de ces impulsions d’instinct, un de ces pressentiments dont la Providence se sert pour nous avertir d’un danger qui nous menace, quoiqu’elle ne nous donne ni éclaircissements ni moyens de salut.

Par moments cette terreur était si forte, que si elle eût été secondée comme autrefois par les représentations de Rose Flammock, Éveline aurait peut-être pris une résolution contraire aux projets du connétable ; mais Rose, encore plus zélée pour l’honneur que pour le bonheur de sa maîtresse, s’était interdit toute parole qui eût pu ébranler la détermination d’Éveline ; dès que celle-ci eut encouragé les espérances du connétable, et qu’elle que fût son opinion sur le mariage projeté et ses résultats, elle semblait dès ce moment le regarder comme un événement nécessaire.

De Lacy en reconnaissant davantage le trésor dont il ambitionnait la possession, regarda cette union avec des sentiments différents de ceux qu’il avait d’abord éprouvés en la proposant à Raymond Berenger. Alors ce n’était qu’un mariage d’intérêt et de convenance, qui avait paru aux yeux d’un seigneur orgueilleux et politique le meilleur moyen de consolider le pouvoir de sa famille et de perpétuer sa postérité. La beauté d’Éveline n’avait pas même fait sur de Lacy cette impression qu’elle était digne de produire sur les cœurs ardents et passionnés de ces temps chevaleresques. Il avait passé cet âge où le sage se laisse séduire par les formes extérieures, et il aurait souhaité véritablement (et en cela il montrait sa prudence) que sa belle fiancée eût eu quelques années de plus et quelques charmes physiques de moins, afin que cette union se trouvât plus en rapport avec son âge et son caractère. Cependant ce stoïcisme disparut lorsque, après plusieurs entrevues avec sa future épouse, il reconnut que, quoique sans expérience, elle était la première à désirer d’être gardée par une prudence supérieure à la sienne, et qu’à une grande vivacité