Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/161

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d’une voix troublée, mais moins irritée que la première fois, « quel était ce soldat à qui vous avez dit d’entrer dans mon appartement.

— En vérité, je ne sais pas, lady, répondit Rose ; car, outre qu’il était enveloppé dans son manteau, je n’étais pas disposée à remarquer ses traits, quand même je les eusse vus à découvert ; mais je ne tarderai pas à savoir quel est ce cavalier ; et je vais m’en occuper, afin de lui donner la récompense promise, et de lui recommander le silence et la discrétion sur cette affaire.

— Informez-vous-en sur-le-champ, dit Eveline ; et si vous le découvrez parmi les soldats qui nous accompagnent, je penserai comme vous, et je conviendrai que l’imagination a eu la plus grande part à tout ce que j’ai souffert la nuit dernière. »

Rose frappa son palefroi, et, accompagnée de sa maîtresse, elle s’approcha de Philippe Guarine, l’écuyer du connétable, qui commandait alors la petite escorte : « Bon Guarine, dit-elle, j’ai parlé hier de ma fenêtre à une de vos sentinelles, et elle m’a rendu un petit service pour lequel je lui ai promis une récompense ; voulez-vous vous informer de cet homme, afin que j’acquitte ma promesse ?

— Vraiment ; et moi aussi je lui dois une récompense, belle damoiselle, reprit l’écuyer ; car si une de mes lances s’est approchée de la maison assez près pour pouvoir causer avec ceux qui étaient aux fenêtres, elle a transgressé les ordres précis de sa consigne.

— Bah ! il faut lui pardonner cela à cause de moi, dit Rose ; je gage que si je vous avais appelé vous-même, brave Guarine, j’aurais eu assez de pouvoir pour vous attirer sous mes fenêtres. »

Guarine se mit à rire en levant les épaules, « Il est vrai, dit-il, là où sont les femmes, la discipline est toujours en danger. »

Il alla prendre les renseignements nécessaires parmi sa troupe, et revint en assurant que ses soldats, en général et en particulier, niaient qu’ils se fussent approchés pendant la nuit précédente de la maison de lady Ermengarde.

« Tu vois, Rose… » dit Eveline à sa suivante avec un regard significatif.

« Les pauvres diables redoutent la sévérité de Guarine, dit Rose, et n’osent pas dire la vérité : j’aurai quelqu’un qui me viendra en particulier réclamer la récompense.

— Je voudrais avoir ce droit, damoiselle, dit Guarine ; quant à