Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/124

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— Eh bien ! c’est bon ; mais cette affaire ne presse pas. Laissez-moi maintenant, Rose, et envoyez-moi Gillian, la femme de chambre. J’ai des ordres à lui donner au sujet du transport et de l’emballage de ma garde-robe et de mes effets.

— Cette Gillian, cette femme de chambre, est bien avant dans vos bonnes grâces depuis quelque temps, dit Rose ; il n’en a pas toujours été de même.

— Je n’aime pas plus ses manières que toi, dit Éveline ; mais c’est la femme du vieux Raoul, et elle était en quelque sorte une demi-favorite de mon père, qui, semblable à d’autres hommes, s’était peut-être laissé prendre par cette hardiesse que nous regardons comme inconvenante dans les personnes de notre sexe. D’ailleurs, il n’y a pas dans le château une femme aussi habile qu’elle à emballer.

— Je conviens, dit Rose en souriant, que cette dernière raison lui donne des droits incontestables aux bonnes grâces d’une dame, et je vais vous envoyer promptement dame Gillian : mais suivez mon avis, lady ; qu’elle fasse ses malles et ses paquets, et ne souffrez pas qu’elle babille sur ce qui ne la regarde pas. »

En disant ces mots, Rose quitta l’appartement, et sa jeune maîtresse la regarda partir en silence, puis elle murmura : « Rose m’aime véritablement, mais elle se mettrait plus volontiers à la place de la maîtresse qu’à celle de la suivante, et puis elle est un peu jalouse de toute personne qui m’approche. Il est bien étrange que je n’aie pas vu Damien de Lacy depuis mon entrevue avec le connétable. Il craint peut-être de trouver en moi une tante sévère ! »

Mais les domestiques qui vinrent en foule lui demander des ordres firent bientôt prendre un autre cours à ses pensées, qui cessèrent d’être relatives à sa situation. Avec la flexibilité naturelle à la jeunesse, elle promit de s’en occuper une autre fois, d’autant plus que la perspective n’en était pas fort agréable.