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les fatigues de la guerre et l’intempérie des climats le faisaient paraître de dix ans plus vieux. Aucune des personnes de sa suite n’était aussi simplement habillée que lui. Il portait, selon l’usage des Normands, un manteau court, jeté sur un justaucorps en peau de chamois, qui, presque toujours couvert par son armure, se trouvait aussi dans quelques endroits taché par le frottement continuel de l’acier. Sa tête était couverte d’une toque brune à laquelle était attachée une branche de romarin en mémoire de son vœu. Son épée et son poignard étaient suspendus à une ceinture de peau de veau marin.

Ainsi vêtu et marchant à la tête d’une troupe brillante de vassaux attentifs au moindre signal, le connétable de Chester attendit aux portes du château de Garde-Douloureuse l’arrivée de lady Éveline Berenger.

À l’intérieur du château, le son des trompettes annonça sa présence ; le pont-levis se baissa, et elle parut conduite par Damien de Lacy en costume de cérémonie, et suivie de ses femmes et de ses serfs ou vassaux. Elle passa sous le portail massif et antique du château de ses pères. On ne remarquait sur elle aucun ornement ; elle ne portait que des habits de deuil, les seuls qui convinssent à la perte douloureuse qu’elle venait de faire : aussi son costume simple formait un contraste frappant avec le riche attirail de son jeune cavalier tout resplendissant d’or et de broderies ; mais, d’un autre côté, leur âge et leur beauté se ressemblaient tellement, que parmi les spectateurs il s’éleva un murmure, un bruit sourd d’admiration, qui eût sans doute éclaté en un concert unanime d’applaudissements, si les spectateurs n’eussent été retenus par le respect dû au grand deuil d’Éveline.

À peine la jeune orpheline avait-elle fait un pas hors des palissades qui formaient la barrière extérieure du château, que le connétable de Lacy s’avança vers elle, et ployant son genou droit jusqu’à terre, il la pria d’excuser l’acte incivil auquel son vœu l’avait forcé, lui exprima tout le plaisir que lui procurait l’honneur qu’elle daignait lui faire, honneur qu’il ne pourrait jamais assez reconnaître, quoiqu’il jurât de lui consacrer sa vie entière.

Cet acte de courtoisie, ces protestations de dévouement, quoique tout à fait conformes à la galanterie romanesque du temps, causèrent à Éveline quelque embarras, d’autant plus que ces hommages lui étaient rendus publiquement. Elle supplia le connétable de se relever et de ne pas augmenter la confusion d’une