Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/108

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— C’est elle, en effet, monsieur ; et ce n’est pas sans motif qu’elle se désespère ainsi ; elle chercherait long-temps avant de trouver un père semblable à celui qu’elle a perdu.

— Dame Gillian, je vois que vous êtes une femme de tact, répondit le marchand. Et ce jeune homme qui la soutient est sans doute son futur époux ?

— Elle a en effet grand besoin de quelqu’un pour la soutenir, dit dame Gillian, et j’en puis dire autant de moi ; car, que peut faire ce pauvre diable de Raoul, vieux et cassé comme il est ?

— Mais, dit le marchand, parlons du mariage de votre jeune maîtresse.

— La seule chose que l’on sache à cet égard, c’est qu’un traité avait été conclu entre notre défunt seigneur et le grand connétable de Chester, le même qui est arrivé ce jour assez à temps pour empêcher les Gallois de nous couper la gorge et de nous faire Dieu sait quoi. Mais on parle d’un mariage, cela est certain : la plupart pensent que lady Éveline épousera ce blanc-bec, ce jeune Damien, comme on l’appelle ; car, quoique le connétable ait de la barbe, elle est un peu trop grise pour convenir au menton d’un futur. D’ailleurs, ce connétable part pour la terre sainte, pays qui convient parfaitement à tous les vieux guerriers. Je désirerais qu’il emmenât Raoul avec lui. Mais tout cela n’a nul rapport avec ce que vous disiez il y a quelques instants de vos articles de deuil. Il n’est que trop vrai que mon pauvre maître est mort ; mais enfin qu’y faire ? Hélas ! vous connaissez le bon vieux dicton :


Il nous faut user des habits,
Manger du bœuf et boire de la bière ;
Il le faut, avant qu’on enterre
Les morts dans leur dernier logis.


Et quant à vos marchandises, je vous le dis, je puis vous être aussi utile que cette bégueule de Marguerite, pourvu que vous fassiez les choses d’une manière convenable ; car si d’un côté milady n’a pas pour moi autant de bienveillance, d’un autre je puis obtenir de l’intendant tout ce que bon me semble.

— Prenez ceci, ma jolie mistress Gillian, c’est un à-compte sur notre marché, dit le colporteur ; et quand mes chariots seront arrivés, je vous récompenserai plus amplement, si, par votre intermédiaire, je puis parvenir à beaucoup vendre. Mais une fois hors du château, comment y rentrerai-je ? car, comme vous avez beaucoup de bon sens, je désire vous consulter avant de revenir avec mes marchandises.