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parlait ma respectable aïeule, Hilda de Middleham, qui mourut en odeur de sainteté presque aussi bien, si j’ose le dire, que sa glorieuse patronne la très sainte Hilda de Whitby, dont Dieu veuille avoir l’âme. »

Dès que le prieur eut achevé ce qu’il jugeait être une harangue conciliatrice, son compagnon, prenant un ton bref et plein d’emphase : « Je parle toujours français, dit-il ; c’est le langage du roi Richard et de sa noblesse ; cependant je comprends assez l’anglais pour communiquer avec les habitants du pays. »

Cedric lança à l’interlocuteur un de ces regards vifs et impatients que toute comparaison entre les deux nations rivales ne manquait jamais de faire naître chez notre Saxon ; mais, se rappelant les devoirs de l’hospitalité, il ne témoigna pas son ressentiment d’une manière plus ostensible, et, ayant proposé à ses hôtes par un signe de main de prendre deux sièges placées près de lui, mais un peu plus bas que le sien, il fit signe à ses serviteurs de servir le repas du soir.

Pendant que ceux-ci se hâtaient d’obéir aux ordres de Cedric, son œil distingua Gurth le porcher, qui, avec son compagnon Wamba, venait d’entrer dans la salle. « Envoyez ici ces deux fainéants, » dit le Saxon avec impatience. Les coupables se trouvant en sa présence : « Comment se fait-il, coquins, que vous soyez restés dehors jusqu’à cette heure ? et toi, Gurth, as-tu ramené ton troupeau, ou l’as-tu abandonné à la merci des outlaws et des maraudeurs ?

— N’en déplaise à votre seigneurie, le troupeau est en sûreté, dit Gurth.

— Mais, faquin que tu es, dit Cedric, il ne me plaît pas de rester pendant deux heures à supposer le contraire, et à rêver contre mes voisins des projets de vengeance pour les torts qu’ils ne m’ont pas causés. Prends-y garde, les menottes et la prison puniront une seconde faute de cette espèce. »

Connaissant l’humeur irritable de son maître, Gurth ne chercha point à s’excuser ; mais le bouffon, qui se fiait à l’indulgence de Cedric, indulgence que ses privilèges de fou lui avaient acquise, répondit pour lui-même et pour Gurth : « En vérité, oncle Cedric, vous n’êtes ni sage, ni raisonnable ce soir.

— Comment ? dit le maître ; si vous donnez un libre cours à vos bouffonneries je vous ferai conduire à la loge du portier pour y tâter de la discipline.

— Avant d’en venir à cette extrémité, dit Wamba, que votre