Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/477

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prends ta lance, et prépare-toi à recevoir la mort que tu es venu chercher.

— Le grand-maître m’octroie-t-il le combat ? demanda Ivanhoe.

— Je ne puis le refuser, répondit le grand-maître, si cette jeune fille vous accepte pour champion. Mais je voudrais que tu fusses plus en état de combattre : quoique tu aies toujours été ennemi de notre ordre, je désire agir honorablement avec toi.

— Je combattrai tel que je suis en ce moment, répondit Ivanhoe ; c’est le jugement de Dieu, je mets en lui ma confiance. Rébecca, » dit-il en s’approchant d’elle, « m’acceptes-tu pour ton champion ?

— Oui, je t’accepte, » répondit-elle avec une émotion que la crainte de la mort n’avait pu produire en elle ; « je t’accepte comme le champion que le ciel m’a envoyé… Mais que fais-je ? non, non ; tes blessures ne sont pas guéries ; ne combats point contre cet homme farouche. Pourquoi t’exposer à périr aussi ? »

Mais Ivanhoe était déjà à son poste ; il avait baissé la visière de son casque et pris sa lance des mains de Gurth. Bois-Guilbert en fit autant ; mais son écuyer remarqua, au moment où il fermait sa visière, que son visage qui, malgré les violentes émotions qui l’avaient agité, avait été pendant toute la journée d’une pâleur effrayante, se couvrit subitement d’une rougeur très vive.

Le héraut, voyant chacun des champions à sa place, éleva la voix, et répéta trois fois : Faites votre devoir, preux chevaliers ! puis il se rangea de côté, et proclama qu’il était défendu à qui que ce fût, sous peine de mort, d’oser par un mot, par un cri, ou par un geste, troubler ou interrompre les combattants. Le grand-maître, qui tenait en main le gage du combat, le gant de Rébecca, le jeta dans la lice, et donna le fatal signal en disant : Laissez aller.

Les trompettes retentirent, et les chevaliers s’élancèrent l’un contre l’autre. Le cheval fatigué d’Ivanhoe, et son cavalier non moins épuisé que lui, ne purent, ainsi que tout le monde s’y était attendu, résister au choc de la lance redoutable et du vigoureux coursier de Bois-Guilbert. Mais quoique la lance d’Ivanhoe eût à peine effleuré le bouclier de son adversaire, celui-ci, au grand étonnement de tous les spectateurs, chancela, perdit les étriers, et tomba sur l’arène.

Ivanhoe, se dégageant de son cheval, se mit sur pied avec une grande promptitude, et tira son épée pour continuer le combat, mais Bois-Guilbert ne se releva point. Wilfrid, lui posant un pied