Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/475

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et bientôt nous serons à l’abri de toute poursuite. Un nouveau monde de plaisir s’ouvrira pour toi, pour moi une nouvelle carrière de gloire. Qu’ils prononcent leur sentence, je la méprise ; qu’ils effacent le nom de Bois-Guilbert de la liste de leurs esclaves monastiques ! j’y consens : je laverai dans leur sang chaque tache qu’ils oseront faire à mon écusson.

— Retire-toi, tentateur. Ma dernière heure sonnera avant que, pour te suivre, je m’éloigne de l’épaisseur d’un cheveu de ce siège fatal. Entourée d’ennemis de toutes parts, je te regarde comme le plus cruel et le plus féroce. Retire-toi, au nom du Dieu vivant ! »

Albert de Malvoisin, impatient et alarmé de la durée de cette conférence, s’approcha alors afin de l’interrompre.

« A-t-elle avoué son crime ? demanda-t-il à Bois-Guilbert, ou est-elle résolue à le nier encore ?

— Elle est résolue, » répondit Bois-Guilbert avec amertume.

« En ce cas, mon noble frère, reviens à ta place attendre l’événement. L’ombre descend de la colline. Viens, brave Bois-Guilbert, espoir de notre ordre et bientôt son chef. »

En parlant de ce ton doux et flatteur, il mit la main sur la bride du cheval de Bois-Guilbert, comme pour le ramener à son poste.

« Infâme scélérat, » s’écria le chevalier avec fureur, « oses-tu porter la main sur les rênes de mon cheval ? »

Et, lui faisant lâcher prise, il retourna à l’autre extrémité de la lice.

« Il y a de la chaleur en lui, » dit Malvoisin à part à Montfichet, « si elle était bien dirigée ; mais c’est comme le feu grégeois, il brûle tout ce qu’il touche. »

La séance était ouverte depuis deux heures, et nul champion n’avait encore paru.

« Et la raison, dit le frère Tuck, c’est qu’elle est juive. Cependant, de par mon patron ! il est dur de voir périr une aussi jeune et aussi belle créature sans que l’on rompe une lance pour elle. Fût-elle dix fois sorcière, si elle était seulement un peu chrétienne, mon bâton sonnerait les matines sur le casque d’acier de ce féroce templier avant qu’il remporte la victoire. «

Cependant l’opinion générale était que personne ne pouvait ou ne voulait se présenter pour une juive accusée de sorcellerie ; et les chevaliers, excités par Malvoisin, se disaient tout bas les uns aux autres qu’il était temps de déclarer que Rébecca n’avait pas racheté son gage. Mais, en ce moment, on vit dans la plaine un chevalier