Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/471

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sur toute l’assemblée, et tous les yeux se tournèrent vers la commanderie, pour voir paraître le grand-maître, le champion de l’ordre et la condamnée.

Enfin le pont-levis se baissa, les portes s’ouvrirent, et un chevalier portant le grand étendard de l’ordre sortit du château, précédé par six trompettes, et suivi des chevaliers commandeurs, marchant deux à deux. Venait ensuite le grand-maître, monté sur un superbe cheval, mais dont les harnais étaient de la plus grande simplicité. Derrière lui marchait Brian de Bois-Guilbert armé de pied en cap : ses deux écuyers le suivaient portant sa lance, son épée et son bouclier. Son visage, quoique ombragé en partie par une longue plume qui flottait sur son casque, annonçait un cœur agité par de violentes passions, et dans lequel l’orgueil combattait contre l’irrésolution. Il était d’une pâleur extraordinaire, tel qu’un homme qui n’a pas fermé l’œil depuis plusieurs nuits : cependant il conduisait son coursier avec l’aisance et la grâce que l’on devait attendre de la meilleure lance du Temple. L’ensemble de sa personne était fier et imposant ; mais, en l’examinant avec attention, ses traits farouches avaient une expression indéfinissable qui faisait involontairement détourner les yeux.

À ses côtés étaient Conrad de Montfichet et Albert de Malvoisin, qui faisaient les fonctions de parrains du champion. Ils étaient sans armes, et portaient la robe blanche de leur ordre. Après eux venaient les simples chevaliers, avec une longue suite d’écuyers et de pages, tous vêtus de noir, aspirants à l’honneur d’être admis parmi les chevaliers. Enfin, derrière ces néophytes, une troupe de gardes à pied, portant la même livrée et armés de pertuisanes, escortait la malheureuse Rébecca : pâle, timide, mais ferme, elle s’avançait d’un pas lent et solennel vers le lieu où était dressé l’appareil de son supplice. On l’avait dépouillée de tous ses ornements, de peur qu’il ne s’y trouvât quelqu’un de ces amulettes qu’on supposait que Satan donnait à ses victimes pour les empêcher de faire des aveux, même dans les douleurs de la torture. Une robe blanche, d’une étoffe grossière et d’une forme très simple, avait été substituée à ses vêtements orientaux : mais il y avait dans tout son air un mélange si exquis de courage et de résignation, que, même sous cet habillement et sans autre parure que ses longues tresses de cheveux noirs, elle arrachait des larmes à tous les spectateurs, et que le fanatique le plus endurci ne pouvait s’empêcher de déplorer que