Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/465

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bien digne de confiance. Depuis qu’on me les a fait monter à la tête, je n’ai eu que fatigues de toute espèce, indigestions, coups, meurtrissures, emprisonnement et famine ; et tout cela pour arriver à quoi ?… à faire massacrer plusieurs milliers de gens qui n’en peuvent mais, et qui ne pensaient qu’à se tenir tranquilles. Je vous dis que je ne veux être roi que dans mes propres domaines, et que mon premier acte de souveraineté sera de faire pendre ce coquin d’abbé[1].

— Et ma pupille Rowena, dit Cedric, j’espère que vous n’avez pas l’intention de l’abandonner ?

— Père Cedric, soyez raisonnable. Lady Rowena ne vent pas de moi ; elle aime le petit doigt du gant de mon cousin Wilfrid plus que ma personne tout entière : la voilà prête à en convenir. Ne rougis pas, ma belle parente ; il n’y a pas de honte à préférer un chevalier qui est admis à la cour, à un franklin qui habite les champs. Ah ! il ne faut pas rire non plus, lady Rowena ; car, de par Dieu ! un linceul et un visage amaigri ne sont pas des objets propres à inspirer la gaîté. Au surplus, si tu veux absolument rire, je vais t’en fournir un meilleur sujet. Donne-moi ta main, ou plutôt prête-la-moi, car je ne te la demande qu’à titre d’amitié… Cousin Wilfrid d’Ivanhoe, je renonce et j’abjure en ta faveur… Eh bien ! par saint Dunstan ! notre cousin Wilfrid s’est éclipsé. Et cependant, à moins que mes yeux ne m’aient fait illusion par suite du long jeune que j’ai souffert, je l’ai vu là il n’y a qu’un moment. »

Tous les regards se portèrent autour de l’appartement ; on demanda des nouvelles d’Ivanhoe : il avait disparu. On apprit qu’un juif était venu le demander, et qu’après un court entretien il avait demandé Gurth et ses armes, et avait quitté le château.

« Belle cousine, » dit Athelstane en s’adressant à Rowena, « si je pouvais penser que cette disparition subite d’Ivanhoe ne fût pas occasionée par les motifs les plus puissants, je reprendrais… »

Mais il n’avait pas plutôt lâché la main de Rowena, en voyant qu’Ivanhoe avait disparu, que la belle Saxonne, qui trouvait sa situation fort embarrassante, avait profité de cette occasion pour sortir de l’appartement.

  1. La résurrection d’Athelstane a été l’objet de plusieurs critiques, parce qu’elle s’éloigne trop de la vraisemblance, même dans un ouvrage de pure imagination. L’auteur n’a fait ce tour de force que pour se rendre aux vives instances de son éditeur, qui est également son ami, et qui ne pouvait se consoler de la mort du Saxon. a. m.