Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/394

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congrégation, quand même il en serait le bras droit et l’œil droit. »

Beaumanoir s’arrêta un instant. Un murmure sourd s’éleva dans l’assemblée : quelques uns des plus jeunes chevaliers, qui avaient paru très disposés à rire du statut De osculis fugiendis, prirent tout-à-coup un air de gravité, et attendirent avec anxiété ce qu’allait ajouter le grand-maître.

« Tel serait, reprit-il, et tel devrait être le châtiment d’un chevalier du Temple qui aurait volontairement et sciemment contrevenu à des articles aussi formels de nos statuts. Mais si, par le moyen de charmes et sortilèges, Satan était parvenu à s’emparer de l’esprit de ce chevalier, sans doute parce qu’il avait porté des regards trop imprudents sur la beauté de cette fille, nous devons plutôt déplorer que punir un pareil écart, et nous borner à lui imposer une pénitence proportionnée à sa faute, une pénitence qui puisse le purifier de son iniquité, et tourner le glaive de son indignation contre l’agent maudit qui a failli occasioner sa perte. Levez-vous donc, et venez rendre témoignage, vous tous qui avez connaissance de ces faits déplorables, afin que nous connaissions le nombre et l’importance des preuves, et que nous nous assurions si notre justice peut être satisfaite par le châtiment de cette infidèle, ou si nous devons, quoique notre cœur saigne d’y penser, procéder avec plus de rigueur contre notre frère. »

On appela plusieurs témoins qui rendirent compte des dangers auxquels Bois-Guilbert s’était exposé pour sauver Rébecca au milieu de l’incendie du château, et de la sollicitude avec laquelle, oubliant sa propre défense, il la couvrait de son bouclier. Ils donnèrent ces détails avec l’exagération dans laquelle tombe le commun des hommes lorsque leur esprit est frappé par quelque événement remarquable ; d’ailleurs ce penchant naturel pour le merveilleux recevait une force nouvelle de la satisfaction manifeste avec laquelle l’éminent personnage devant lequel ils étaient appelés prêtait l’oreille à leurs récits exagérés. Ainsi les périls que Bois-Guilbert avait surmontés, déjà assez grands en eux-mêmes, passèrent pour des prodiges ; et le dévouement avec lequel il avait compromis sa vie pour protéger les jours de Rébecca fut représenté comme un zèle chevaleresque qui dépassait les bornes du possible ; enfin sa déférence à tout ce qu’elle disait, quoique son langage fût souvent sévère et ses paroles pleines d’amertume et de reproches, fut représentée comme poussée à un point qui, dans un homme