Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/384

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sorcière qui a choisi un soldat du saint Temple pour exercer sur lui son art infernal, elle mourra.

— Mais les lois d’Angleterre… » dit le précepteur, qui, bien qu’il vît avec plaisir que le ressentiment du grand-maître ne se portait plus sur lui ni sur Bois-Guilbert, et prenait une autre direction, commençait à craindre qu’il ne le portât trop loin.

« Les lois d’Angleterre, répondit Beaumanoir, permettent et enjoignent à chaque juge de faire exécuter ses jugements dans sa juridiction. Eh quoi ! le plus mince baron peut faire arrêter, peut juger et condamner une sorcière qui serait trouvée dans ses domaines, et le même pouvoir serait refusé au grand-maître du Temple, dans une préceptorerie de son ordre ! Non, nous la jugerons, nous la condamnerons. La sorcière disparaîtra de la surface de la terre, et les fautes qu’elle a fait commettre seront oubliées. Faites préparer la grande salle du château pour le jugement. »

Albert Malvoisin fit un salut respectueux, et se retira, non pour faire préparer la grande salle, mais pour chercher Brian de Bois-Guilbert, et l’instruire de ce qui se passait. Il le trouva bientôt, mais transporté de fureur à la suite d’un nouveau refus que Rébecca venait de lui faire essuyer.

« L’ingrate ! s’écriait-il, mépriser celui qui, au milieu des flammes et du carnage, lui a sauvé la vie au risque de la sienne ! De par le ciel, Malvoisin, pour la sauver j’ai parcouru le château de Front-de-Bœuf dans un moment où les planchers et la toiture s’écroulaient avec un fracas épouvantable. J’étais le but vers lequel se dirigeaient cent flèches qui retentissaient sur mon armure avec un bruit semblable à celui de la grêle sur un treillis, et, m’oubliant moi-même, je n’ai fait usage de mon bouclier que pour la garantir de tout danger. Voilà ce que j’ai fait pour elle, et maintenant l’ingrate, la cruelle, me reproche de ne pas l’avoir laissée périr ! Elle me refuse non seulement la plus légère preuve de reconnaissance, mais même le plus petit espoir que jamais elle veuille m’en accorder. Le diable, qui inspire tant d’obstination à sa race, semble lui en avoir donné plus qu’à personne.

— Je crois, dit le précepteur, que vous êtes tous deux possédés du diable. Combien de fois ne t’ai-je pas prêché, sinon la continence, du moins la prudence ? Ne vous ai je pas dit que vous trouveriez ici bon nombre de filles chrétiennes qui s’imputeraient à crime de refuser à un si brave chevalier le don d’amoureuse merci ; et il faut que vous vous entêtiez d’une juive opiniâtre qui