Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/370

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


devenue la fille de Sion ? Quand nos yeux verront-ils le terme de la captivité d’Israël ?

— Tu vois, dit Isaac, quelle est ma position ; cesse donc de me retenir. D’ailleurs la présence de Lucas de Beaumanoir, du chef de l’ordre, empêchera peut-être Brian de Bois-Guilbert d’accomplir le mal qu’il médite, et l’engagera à me rendre ma fille bien-aimée.

— Eh bien, pars, dit Nathan-Ben-Israël ; mais sois sage et prudent ; car ce fut à sa sagesse et à sa prudence que Daniel dut la conservation de sa vie dans la fosse aux lions ; et puisses-tu réussir au gré de tes désirs ! Cependant évite autant qu’il te sera possible la présence du grand-maître, car son plus grand plaisir, à toute heure du jour, est de donner quelque preuve de son féroce mépris pour notre nation. Il me semble que si tu pouvais parler en particulier à Bois-Guilbert, tu t’en trouverais beaucoup mieux ; car on dit que ces maudits Nazaréens ne s’accordent pas très bien entre eux dans cette préceptorerie. Que Dieu confonde leurs projets et les couvre d’une honte éternelle ! Mais je t’en conjure, mon ami, reviens ici comme tu reviendrais chez ton père, pour m’instruire de ce qui te sera arrivé. J’espère que tu ramèneras avec toi Rébecca, cette digne élève de Miriam, dont les cures ont été calomniées par les gentils comme si elles eussent été opérées par la nécromancie. «

Isaac prit congé de son ami, et au bout d’une heure il se trouva devant la préceptorerie de Templestowe.

Cet établissement des templiers était situé au milieu de belles prairies et de gras pâturages, dont la dévotion des anciens précepteurs avait fait donation à l’ordre. Le château était solidement bâti et bien fortifié, précaution que ces chevaliers ne négligeaient jamais et que l’état de trouble où se trouvait l’Angleterre rendait particulièrement nécessaire. Deux hallebardiers, vêtus de noir, gardaient le pont-levis, tandis que d’autres, qui portaient aussi cette sombre livrée, placés en faction sur les remparts, allaient et venaient d’un pas lent et mesuré, plutôt semblables à des spectres qu’à des soldats. C’est ainsi qu’étaient vêtus les officiers inférieurs de l’ordre, depuis qu’une association de faux frères, établie dans les montagnes de la Palestine, et portant des vêtements blancs semblables à ceux des chevaliers et des écuyers, avaient déshonoré par leur brigandage l’ordre dont ils avaient usurpé le nom. On voyait de temps en temps un chevalier couvert de son long manteau blanc, traverser la cour les bras croisés et la tête penchée sur sa poitrine. Si deux chevaliers se rencontraient, ils passaient à côté l’un de l’au-