Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/359

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


liser le projet d’un emprunt considérable que le prince Jean avait négocié avec l’Israélite et ses frères. Dans un moment aussi critique, le manque d’argent menaçait de leur devenir funeste.

Ce fut dans la matinée du lendemain de la prise de Torquilstone qu’un bruit vague se répandit dans York que de Bracy et Bois-Guilbert, avec leur confédéré Front-de-Bœuf, avaient été faits prisonniers ou tués. Waldemar, en apportant cette nouvelle au prince, ajouta qu’il craignait d’autant plus qu’elle ne fût vraie, qu’ils étaient partis avec un faible détachement, dans le dessein d’enlever Cedric le Saxon et sa faible escorte.

En toute autre circonstance, le prince Jean aurait regardé cet acte de violence comme une simple plaisanterie ; en ce moment il compromettait ses propres intérêts et dérangeait ses projets. Il s’emporta donc avec violence contre les auteurs d’une telle folie, leur reprochant d’enfreindre les lois, de troubler l’ordre public et d’attenter aux propriétés particulières. En un mot, le ton qu’il prit aurait été digne du roi Alfred lui-même.

« Pillards sans principes ! Si jamais je devenais roi d’Angleterre, je ferais pendre tous ces maraudeurs au dessus des ponts-levis de leurs propres châteaux, s’écria-t-il.

— Mais pour devenir roi d’Angleterre, répliqua froidement son Achitophel, il faut non seulement que Votre Grâce souffre les transgressions de ces brigands sans principes, mais leur accorde sa protection, malgré votre louable zèle pour les lois qu’ils enfreignent si souvent. Que deviendra notre entreprise si les Saxons insurgés réalisent les visions de Votre Grâce en convertissant les ponts-levis de nos manoirs féodaux en autant de gibets ? Ce fier Cedric me paraît être précisément l’homme à qui une pareille idée ait pu entrer dans la tête. Vous savez bien qu’il serait dangereux de faire un pas sans Front-de-Bœuf, de Bracy, et le templier ; cependant nous sommes trop avancés pour pouvoir reculer sans danger. »

Le prince se frappa le front d’un air d’impatience, et se promena à grands pas dans l’appartement. « Les misérables ! s’écria-t-il ; les traîtres ! les vils scélérats ! m’abandonner dans un moment aussi critique !

— Dites plutôt les fous, les insensés, les étourdis, qui s’amusent à de pareilles folies lorsque nous avons à nous occuper de choses si sérieuses.

— Que ferons-nous ? » dit le prince s’arrêtant Tout-à-coup devant Waldemar.