Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/353

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plier sont trop fortes pour nos arcs ; elles les disperseraient comme le vent disperse la poussière. Si dans le moment j’avais su que c’était Rébecca qu’on enlevait, j’aurais pu essayer de la délivrer ; mais maintenant il faut user de politique. Allons, veux-tu que je négocie pour toi avec le prieur ?

— Oui, mon cher Diccon, oui, je t’en prie même, au nom de Dieu, si cela peut servir à me faire retrouver l’enfant de mes entrailles.

— Laisse-moi faire, et que ton avarice intempestive ne vienne pas se jeter à la traverse : je vais travailler pour toi. »

Alors il s’éloigna ; mais le Juif le suivit et ne le quitta pas plus que son ombre.

« Prieur Aymer, dit le capitaine, veux-tu bien venir un instant avec moi sous cet arbre ?… Il est des gens qui disent que tu aimes le vin et le sourire d’une belle, peut-être un peu plus qu’il ne convient à un homme revêtu de ton caractère sacré, sire prêtre ; mais je n’ai rien à voir dans tout cela. On dit aussi que tu aimes assez une couple de bons chiens et un excellent coursier, et il est très possible que tu ne haïsses pas une bourse bien rebondie ; mais je n’ai jamais entendu dire que tu fusses dur et cruel. Or, voici Isaac qui veut bien te fournir les moyens de satisfaire ton goût pour tous ces genres de plaisirs, c’est-à-dire un sac qui contient cent marcs d’argent, si, par ton intercession auprès de ton ami et allié le templier, il peut obtenir la liberté de sa fille.

— Saine et sauve, telle qu’elle m’a été enlevée, dit le Juif ; sans quoi je retire ma parole.

— Tais-toi, Isaac, ou je ne me mêle plus de cette affaire. Prieur Aymer, que pensez-vous de ma proposition ?

— Elle se présente sous deux points de vue, et demande quelque réflexion. Si, d’une part, je fais une bonne œuvre ; de l’autre, c’est à l’avantage d’un juif, et dès lors au détriment de ma conscience. Néanmoins, si l’Israélite veut donner quelque chose de plus, pour la construction de notre dortoir, je consens à m’employer pour lui faire recouvrer sa fille.

— Ce n’est pas une vingtaine de marcs pour le dortoir… Tais-toi donc, Isaac !… ou une couple de chandeliers d’argent pour l’autel, qui nous arrêteront dans cette affaire.

— Mais songe donc, mon brave Diccon Bend-the-Bow, » dit Isaac qui voulait modérer cet élan de générosité ; « songe donc