Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/35

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tude à chaque instant, et la satisfaction qu’il ressentait de sa position, en apparence heureuse. La conversation avait lieu entre eux dans l’idiome saxon ; lequel, ainsi que nous l’avons dit, était la langue universelle des classes inférieures, excepté les soldats normands et les personnes attachées au service immédiat de la noblesse féodale. Mais un échantillon de leur discours dans leur propre langue n’intéresserait guère un lecteur moderne, bornons-nous à une traduction.

« Que la malédiction de saint Withold[1] tombe sur ces misérables pourceaux, » dit Gurth, après avoir sonné plusieurs fois de sa corne pour les réunir, tandis que, tout en répondant à ce signal par des grognements d’une mélodie analogue, ils ne se pressaient pas de quitter le copieux repas de glands et de faînes où ils s’engraissaient, ni les rives bourbeuses d’un ruisseau où plusieurs, à demi plongés dans la vase, s’étendaient à leur aise, sans égard pour la voix de leur gardien. « Que la malédiction de saint Withold tombe sur eux et sur moi ! si le loup à deux jambes ne m’en prend pas avant la nuit, je ne suis pas un homme. Ici, Fangs ! Fangs ! » cria-t-il à un chien de grande taille, au poil rude, moitié mâtin, moitié lévrier, qui courait çà et là comme pour aider son maître à réunir son troupeau récalcitrant, mais qui dans le fait, soit à cause des mauvaises leçons du gardien, soit par ignorance de son devoir, ou soit malice, chassait les pourceaux de différents côtés et augmentait le désordre au lieu d’y remédier. « Que le diable lui fasse sauter les dents, dit Gurth, et que le père de tout mal confonde le garde-chasse qui enlève les griffes de devant à nos chiens, et les rend incapables de remplir leur devoir. Wamba, debout ! si tu es un homme, aide-moi un peu ; tourne derrière la montagne pour gagner le vent sur mes bêtes, et lorsque tu auras le pas sur elles, tu les chasseras devant toi comme de timides agneaux. »

« Vraiment ! répondit Wamba sans bouger ; j’ai consulté mes jambes là-dessus, et toutes deux sont d’avis qu’exposer mon riche vêtement dans ces endroits bourbeux serait un acte de déloyauté envers ma souveraine personne et ma royale garde-robe. Je te conseille de rappeler Fangs, et d’abandonner tes pourceaux à leur destinée ; et, soit qu’ils rencontrent une bande de soldats voyageurs, ou de proscrits errans, ou de pèlerins égarés, il ne peut

  1. Un des nombreux saints saxons, de même que saint Dunstan, dont il sera question tout à l’heure. a. m.