Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/337

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épaules de ses vassaux, ils le conduisaient au château de Coningsburgh, pour le déposer dans le tombeau de Hengist, dont sa famille tirait son origine. Un grand nombre de ses vassaux s’étaient rassemblés au premier bruit de sa mort, et suivaient sa dépouille avec toutes les marques, au moins extérieures, du regret et de la tristesse. Les outlaws, par un mouvement spontané, se levèrent tous, et rendirent à la mort le même hommage qu’un instant auparavant ils avaient rendu à la beauté. Le chant lugubre et la marche solennelle des moines rappelèrent à leur mémoire ceux de leurs camarades qui avaient péri dans le combat de la veille ; mais de pareils souvenirs n’affectent pas long-temps des hommes dont la vie n’est qu’une suite d’entreprises et de dangers de tout genre ; et, avant que le son de l’hymne de la mort eût cessé de se faire entendre, ils procédaient de nouveau au partage du butin.

« Vaillant guerrier, » dit Locksley au chevalier Noir, « vous sans le courage et la force duquel notre entreprise aurait complètement échoué, veuillez choisir parmi ces dépouilles ce qui pourra vous convenir le mieux et vous rappeler mon grand chêne.

— J’accepte votre offre avec la même franchise que vous me la faites, répondit-il, et je vous demande la permission de disposer à mon gré de sire Maurice de Bracy.

— Il t’appartient de plein droit, et cela est fort heureux pour lui ; car, autrement, cet oppresseur servirait déjà de décoration à la branche la plus élevée de ce chêne, avec autant de ses francs compagnons que nous aurions pu en rassembler, pendus autour de lui aussi serrés que des glands. Mais il est ton prisonnier, et eût-il tué mon père, il n’aurait rien à craindre de moi.

— De Bracy, » dit le chevalier Noir, « pars, tu es libre. Celui dont tu es le prisonnier méprise le vil plaisir de la vengeance ; mais prends garde à l’avenir, il pourrait t’être plus funeste. Maurice de Bracy, je te le répète, prends-y garde. »

De Bracy s’inclina profondément et sans proférer une parole ; et au moment où il se retirait, les archers élevèrent tout-à-coup un cri d’exécration et de dérision. Le fier chevalier se retournant avec promptitude, croisa les bras sur sa poitrine, et s’écria en se redressant d’un air dédaigneux : « Silence, chiens hargneux que vous êtes ! Vous vous jetez la gueule béante sur le cerf aux abois, et à peine auriez-vous osé le poursuivre avant qu’il fût abattu. De Bracy méprise vos injures autant que vos éloges. Retirez-vous dans vos buissons et dans vos tanières, outlaws, pillards que vous êtes,