Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/33

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genou, et servait à envelopper le corps ; il n’avait qu’une seule ouverture par le haut, suffisante pour y passer la tête, d’où l’on peut inférer qu’il le mettait en le glissant par dessus la tête et les épaules, comme un chemise moderne, ou un ancien haubert. Des sandales attachées avec des courroies de cuir de sanglier protégeaient ses pieds, et une bande de cuir plus mince était roulée autour de chacune de ses jambes en montant jusqu’au genou, laissé à nu, comme dans le costume d’un montagnard écossais. Pour fixer cette jaquette plus étroitement autour du corps, une ceinture de cuir la serrait par le moyen d’une boucle de cuivre ; à un coin de cette ceinture était suspendu un petit sac, et à un autre une corne de bélier en forme d’instrument à vent, armé d’un bec. À la même ceinture était fixé un de ces longs couteaux de chasse, à lame large, pointue et à deux tranchans, garnie d’une poignée de corne, instrument que l’on fabriquait dans le voisinage, et que l’on appelait alors couteau de Sheffield[1]. Cet homme avait la tête découverte, défendue seulement par son épaisse chevelure, arrangée en tresses fortement serrées et brûlées par les rayons du soleil, qui les avait rendues d’un roux foncé, couleur de rouille, formant contraste avec une barbe très abondante, croissant jusque sur les joues, et d’une nuance jaunâtre comme l’ambre. Il ne me reste plus à citer qu’une seule partie de son ajustement ; elle est trop remarquable pour que je puisse l’omettre : c’était un collier de cuivre, pareil à celui d’un chien, sans aucune ouverture, et fixé autour de son cou à demeure, assez lâche pour permettre de respirer et d’agir, et qu’on ne pouvait enlever sans recourir à la lime. Sur ce collier bizarre était gravée l’inscription suivante en caractères saxons : « Gurth, fils de Béowulph, est l’esclave-né de Cedric de Rotherwood. »

Près de ce gardeur de pourceaux, car telle était l’occupation de Gurth, on voyait assis sur une des pierres druidiques un homme qui paraissait plus jeune de dix ans, et dont l’habillement, quoique ressemblant dans sa forme à celui de son compagnon, était de meilleure étoffe et d’une apparence plus fantastique. Sur le fond de sa jaquette d’un pourpre brillant on avait essayé de peindre des ornemens grotesques en différentes couleurs. Il avait aussi un manteau court, lequel à peine lui descendait jusqu’à mi-cuisse ; ce manteau d’étoffe cramoisie, couvert de plus d’une tache, bordé d’une bande de jaune vif, et qu’il pouvait porter à volonté sur l’une ou l’autre

  1. Cette ville, à ce qu’il paraît, était alors renommée pour sa coutellerie. a. m.