Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/319

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passage qu’à deux hommes de front. Le chevalier Noir, sachant combien il importait d’attaquer l’ennemi dans le premier moment de la surprise, s’y précipita, suivi de près par Cedric, et parvint au bord opposé. Là il commença à frapper à coups redoublés avec sa hache sur la porte du château, protégé contre les traits et les pierres que lançaient les assiégés, par les débris de l’ancien pont-levis que le templier avait détruit en se retirant, et dont l’extrémité des poutres qui le composaient était encore attachée au mur au dessus de la porte. Ceux qui avaient suivi le chevalier sur le pont n’avaient pas un pareil abri : deux furent tués par des carreaux d’arbalète, deux autres tombèrent dans le fossé, les autres rentrèrent dans la barbacane.

La position de Cedric et du chevalier Noir devenait vraiment critique, et elle l’aurait été davantage encore si les archers qui étaient restés dans la barbacane n’eussent fait tomber une grêle de flèches sur les remparts, détournant ainsi l’attention des assiégés, et les empêchant d’accabler les deux guerriers par les projectiles de toute espèce qu’ils auraient lancés sur eux. Le péril n’en était pas moins imminent, et il le devenait de plus en plus.

« Quelle honte ! » s’écria de Bracy en s’adressant aux soldats qui l’entouraient : « vous prétendez être des arbalétriers, et vous souffrez que deux hommes se maintiennent sous les murs du château !… Faites tomber sur eux le parapet, si vous ne pouvez faire mieux. Allons, prenez des pics, des leviers, et abattez ce créneau, » ajouta-t-il en leur indiquant une énorme pierre sculptée qui était placée directement au dessus de la poterne. »

En ce moment les assiégeants virent flotter le drapeau rouge sur l’angle de la tour qu’Ulrique avait désignée à Cedric. Ce fut Locksley qui l’aperçut le premier. Impatient de prendre part à l’attaque véritable, il se portait en ce moment aux ouvrages avancés, laissant les siens amuser les assiégés de l’autre côté du château.

« Saint George ! s’écria-t-il ; saint George et l’Angleterre ! En avant, mes amis ! Comment pouvez-vous laisser ce brave chevalier et le noble Cedric attaquer seuls cette porte ? Allons, crâne enfroqué, fais voir que tu sais combattre aussi bien que dire ton rosaire… En avant, mes braves ! Le château est à nous ; nous avons des amis dans l’intérieur. Vous voyez ce drapeau, c’est le signal convenu. Torsquilstone est à nous ! Songez à l’honneur, songez au butin ; encore un effort, et nous sommes maîtres de la place ! »

En parlant ainsi, Locksley banda son arc et décocha une flèche