Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/298

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tre le bas de la fenêtre. Rébecca put voir, sans courir un grand danger, ce qui se passait au dehors du château, et rendre compte à Ivanhoe des préparatifs que faisaient les assiégeants. La position de la chambre était particulièrement favorable au but que Rébecca se proposait, parce que, placée à l’un des angles du bâtiment principal, non seulement elle permettait de voir tout ce qui se passait hors de l’enceinte du château, mais encore elle dominait sur les ouvrages avancés, contre lesquels il était probable que les assiégeants dirigeraient leurs premiers efforts. C’était une redoute peu forte et peu élevée, servant de défense à la poterne par laquelle Front-de-Bœuf avait fait sortir Cedric. Le fossé du château la séparait du reste de la forteresse ; de manière que, si elle venait à être enlevée, il était facile de couper toute communication avec le corps de la place, en détruisant un pont volant. Une porte de sortie correspondait de cette route à la poterne, et des deux côtés le passage était flanqué d’une forte palissade. Rébecca remarqua, d’après le nombre de ceux qui étaient chargés de la défense de ce poste, que les assiégés craignaient d’être attaqués de ce côté ; et comme les assaillants se portaient directement en face de la poterne, il était également évident qu’eux-mêmes la regardaient comme le point le plus vulnérable de la place. Rébecca s’empressa de faire part de ses observations à Ivanhoe ; puis elle ajouta : « La lisière du bois semble garnie d’archers ; mais comme ils sont cachés par les arbres, je ne puis juger de leur nombre.

— Sous quelle bannière marchent-ils ? demanda Ivanhoe.

— Je n’en vois aucune, ni rien qui y ressemble.

— Voilà qui est étrange ! Marcher à l’attaque d’un château comme celui-ci sans bannières ni enseignes, c’est une nouveauté qui me surprend. Peux-tu distinguer leurs chefs ?

— Le plus remarquable est un chevalier couvert d’une armure noire : c’est le seul qui soit armé de pied en cap, et il paraît avoir le commandement suprême sur tout ce qui l’entoure.

— Quelles armes porte-t-il sur son bouclier ?

— Quelque chose qui ressemble à une barre de fer et à un cadenas, le tout peint en bleu sur un fond noir.

— Un cadenas et un verrou ? Je ne sais qui peut porter ces armes ; mais il me semble que ce pourrait fort bien être les miennes en ce moment. Ne pourrais-tu lire la devise ?

— À peine puis-je distinguer ces armoiries à cette distance ; et encore faut-il que le soleil frappe sur le bouclier.