Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/288

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nesse rend toujours à la beauté, mais il était mortifiant pour la pauvre Israélite, que l’on peut supposer ne pas ignorer entièrement ses titres à un tel hommage, de voir qu’un seul mot l’eût fait redescendre au rang d’une caste avilie et à laquelle on ne pouvait, sans déroger, accorder aucune marque de respect.

Mais le cœur de Rébecca était trop bon, son âme était trop candide pour faire un crime à Ivanhoe de partager les préjugés de son siècle et de sa religion : au contraire, quoique convaincue que son malade ne la regardait plus que comme on regardait à cette époque une femme qui appartenait à une race frappée de réprobation, et avec laquelle il n’était permis d’avoir d’autres rapports que ceux qui étaient absolument indispensables, elle ne cessa de lui prodiguer les attentions et les soins les plus généreux. Elle l’informa de la nécessité où ils étaient de se rendre à York, et de la résolution que son père avait prise de le faire transporter dans cette ville, où il le garderait chez lui jusqu’à ce que sa santé fût rétablie. Ivanhoe montra une grande répugnance pour ce projet, mais il la motiva sur le désir qu’il avait de ne pas occasioner de plus longs embarras à son bienfaiteur.

« Ne pourrait-on trouver dans Ashby ou dans les environs, demanda-t-il, quelque franklin saxon, ou même quelque riche paysan, qui voulût se charger de garder chez lui un compatriote blessé, jusqu’à ce qu’il soit en état de reprendre son armure ? N’y avait-il pas quelque couvent, doté par les Saxons, où il put être reçu ? Ou bien ne pourrait-on le transporter jusqu’à Burton, où il était bien sûr d’être reçu avec hospitalité par son parent Waltheoff, abbé de Saint-Withold.

— La plus misérable chaumière, » dit Rébecca avec un sourire mélancolique, « serait sans doute pour vous préférable à la demeure d’un juif méprisé ; néanmoins, sire chevalier, à moins de congédier votre médecin, vous ne pouvez changer de logement. Notre nation, vous ne l’ignorez pas, est inhabile dans l’art des combats, quoiqu’elle possède celui de guérir les blessures, et notre famille, en particulier, possède des secrets qui lui ont été transmis de génération en génération depuis le règne de Salomon : vous en avez déjà éprouvé l’efficacité. Il n’y a pas, dans les quatre parties de l’Angleterre, un médecin nazaréen… pardon… un médecin chrétien qui puisse vous mettre en état d’endosser votre cuirasse d’ici à un mois.

— Et toi, combien de temps te faudra-t-il pour me mettre eu état de la porter ? » demanda Ivanhoe d’un ton d’impatience,