Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/273

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tres, jusqu’à ce que les corbeaux et les vautours aient fait de vos corps deux squelettes. Parlez donc, chiens de Saxons : que m’offrez-vous pour racheter vos misérables vies ? Vous, sire de Rotherwood, que me donnerez-vous ?

— Pas une obole, répondit Wamba ; quant à me pendre par les pieds, on prétend que mon cerveau est bouleversé depuis le jour où, pour la première fois, on me couvrit la tête d’un béguin, et il est possible qu’en me tournant sens dessus dessous il revienne à sa place naturelle.

— Par sainte Geneviève ! s’écria Front-de-Bœuf, quel est celui qui me tient un pareil langage ? » Et du revers de sa main il fit tomber le bonnet de Cedric qui couvrait la tête du bouffon ; puis écartant son manteau, il reconnut le collier de cuivre, marque évidente de sa servitude. « Gilles, Clément, chiens de vassaux ! s’écria le Normand furieux, qui m’avez-vous amené ici ?

— Je crois que je pourrai vous l’apprendre, » dit de Bracy qui entrait en ce moment ; « c’est le fou de Cedric, celui qui, dans une dispute sur la préséance, entre son maître et Isaac d’York, montra tant de valeur.

— Eh bien ! je me charge d’arranger ce différend, reprit Front-de-Bœuf ; ils seront pendus au même gibet, à moins que son maître et ce verrat de Coningsburgh ne rachètent leur vie à un bien haut prix. Leur fortune entière est le moins qu’ils puissent donner. Il faut en outre qu’ils fassent retirer cet essaim de Saxons qui entoure le château ; qu’ils renoncent à leurs prétendus privilèges, et qu’ils se reconnaissent nos serfs et nos vassaux : trop heureux si dans l’ère nouvelle qui s’ouvre devant nous, nous leur laissons le droit de respirer. Allez, » dit-il à deux de ses gens, « allez me chercher le véritable Cedric. Pour cette fois je vous pardonne votre erreur d’autant plus volontiers que vous n’avez fait que prendre un fou pour un franklin saxon.

— Oui, dit Wamba ; mais Votre Excellence chevaleresque pourra bien trouver ici plus de fous que de franklins.

— Que veut dire ce fripon ? » demanda Front-de-Bœuf à ceux qui le gardaient. Ceux-ci répondirent avec crainte et en hésitant, que si cet individu n’était pas Cedric, ils ignoraient ce que Cedric était devenu.

« De par tous les saints du paradis ! dit de Bracy, il faut qu’il se soit échappé sous les habits du moine !

— De par tous les diables de l’enfer ! s’écria Front-de-Bœuf,