Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/27

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avez appris, il y a long-temps, qu’un maudit paysan a détruit la vieille statue ou plutôt le bas-relief vulgairement appelé Robin de Redesdale[1]. Il paraît que la renommée de Robin attirait beaucoup plus de visiteurs qu’il n’en fallait pour laisser croître la bruyère sur une lande dont l’arpent vaut à peine un schilling[2]. Malgré votre titre de Révérend, mettez-vous une bonne fois en colère, et souhaitez avec moi que ce rustre ait un accès de gravelle aussi fort que si tous les fragments de la statue du pauvre Robin avaient pénétré dans cet organe abdominal où la maladie établit son siège. Ne dites rien de ceci à Geth[3], de peur que les Écossais ne se réjouissent d’avoir à la fin trouvé parmi leurs voisins un exemple identique de la barbarie qui se signala par la démolition du Four d Arthur[4]. Mais il n’y aurait pas de fin à nos plaintes, si nous nous appesantissions davantage sur de pareils sujets. Présentez mes respectueux compliments à madame Dryasdust. Lors de mon dernier voyage à Londres, je me suis acquitté aussi bien que j’ai pu de la commission qu’elle avait bien voulu me donner pour ses lunettes ; j’espère qu’elle les a reçues en bon état et qu’elle en est contente. Je vous expédie ce paquet par le voiturier aveugle : ce qui me fait présumer qu’il restera quelque temps en route[5]. Les dernières nouvelles qui me parviennent d’Édimbourg m’annoncent que le savant auquel on a confié les fonctions de secrétaire, dans la Société des Antiquaires, est le plus grand amateur de dessins de toute la Grande-Bretagne, et que l’on attend beaucoup de son zèle, comme de son talent, pour dessiner ces spécimens d’antiquités nationales qui s’écroulent minés par la main du temps, ou balayés par le goût moderne avec le balai de destruction que John Knox employait au siècle de la réforme. Adieu derechef ; portez-vous bien, et souvenez-vous de moi, en me croyant toujours, mon révérend et cher monsieur,

Votre très humble serviteur,
Laurence Templeton[6].
  1. Habitancum est une station romaine près de laquelle est une statue informe, ou sorte de géant nommé par le peuple Robin de Redesdale. a. m.
  2. Un franc vingt centimes. a. m.
  3. Allusion biblique, livre II, des Rois, ch. i, verset 20. a. m.
  4. Bâtiment qui fut construit, dit-on, en Angleterre par le roi Arthur, fondateur des chevaliers de la Table-Ronde. a. m.
  5. Allusion à la mauvaise administration des postes et au prix élevé des taxes en Écosse. a. m.
  6. Nom sous lequel Walter Scott a publié cet ouvrage ; mais les désirs de son libraire le décidèrent bientôt à soulever à demi le voile de l’anonyme, par l’addition des mots l’auteur de Waverley, comme il l’explique dans l’introduction. a. m.